Fils d'un apothicaire, Montchrestien se fait connaître, dès 1596, en faisant jouer sa tragédie La Carthaginoise ou la liberté à Rouen. En 1601, il publie un livre de tragédies (L'Écossaise ou le désastre, Les Lacènes ou la constance, David ou l'adultère, etc.). En 1605 paraît une nouvelle édition, avec une pièce supplémentaire, Hector. À la suite d'un duel meurtrier, il est obligé de s'enfuir en Angleterre, où il prend le titre de seigneur de Vasteville. En 1610 paraît son État de la France. De retour en 1611, il publie en 1615 son fameux Traité d'économie politique, puis fonde, à Châtillon-sur-Loire, dont il est le gouverneur, une usine métallurgique et se spécialise dans la coutellerie. Il participe, en 1621, aux colloques protestants et trouve une fin prématurée dans une obscure échauffourée entre catholiques et protestants.
Économiste averti, Montchrestien reflète, dans les différentes facettes d'une vie mouvementée, une partie des courants qui parcourent la Normandie de son temps. Homme d'action, poète et auteur dramatique, il est l'un des précurseurs de Corneille. La tragédie de Montchrestien annonce le classicisme : elle doit relativement peu à l'Antiquité, recourt facilement à l'histoire récente. L'auteur s'est d'ailleurs beaucoup repris, corrigeant des œuvres en fonction de la réforme malherbienne. Manquant d'action dramatique, ses tragédies sont plutôt des « élégies dramatiques » que des drames. Quant à ses poèmes, les influences les plus variées s'y entrecroisent : mélancolie ronsardienne sur la brièveté de la vie, amours pétrarquisantes, inspiration biblique, goût de la langue châtiée se superposent, en vers harmonieux, aux images arcadiennes de la bergerie, chère au premier xviie siècle.
Qu'est-ce, ô Dieu, que l'homme ? Une fleur passagère / Que la chasleur fléstrit ou que le vent fait choir. / Une vaine fumée, une ombre fort légère / Qui se pare au matin et passe sur le soir.
Ces vers, qui pourraient servir d'exergue à sa trop courte vie, présentent un surprenant contraste avec son œuvre économique. Ayant beaucoup appris pendant son exil anglo-hollandais, c'est un homme d'affaires avisé qui se situe dans la ligne de la politique d'industrialisation prônée par Henri IV. On a reproché à son Traité de l'économie politique d'être fort peu original. Sa doctrine mercantiliste et protectionniste doit, en effet, beaucoup à Laffemas et aux auteurs anglais. L'historien de l'économie y trouve, en revanche, une source de renseignements uniques, trop peu exploités encore. Vie et œuvre témoignent de cette oscillation permanente entre la mélancolie et l'impulsivité la plus incontrôlée, qui est le propre de tant d'hommes de ce temps instable mais riche en virtualités.
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