L'expression « Antiquité tardive » est d'usage plutôt récent en France alors que le mot Spätantike a été employé par l'historiographie allemande dès le début du xxe siècle pour définir une période, un goût, un style et que l'érudition anglo-saxonne s'est intéressée de tout temps (l'historien Gibbon au xviiie siècle) à cette transition : les objets de la période sont groupés depuis le xixe siècle dans des sections spéciales des musées anglais et américains. La notion reste encore chronologiquement ambiguë, mais, en général, on considère qu'elle couvre la période allant des réformes tétrarchiques (fin du iiie siècle) – peut-être même depuis la fin de la dernière grande dynastie impériale, celle des Sévères (milieu du iiie siècle) – jusqu'à la « Renaissance carolingienne », qui recrée au début du viiie siècle un empire unitaire en Occident.
En France, il s'agit d'une mutation fondamentale par rapport à la tradition qui, depuis la fondation de l'École des chartes au xixe siècle, faisait débuter le Moyen Âge à la division définitive des empires romains d'Occident et d'Orient, à la mort de Théodose, en 395 : les médiévistes n'admettaient pas que les institutions et l'art des royaumes mérovingiens puissent prolonger pour l'essentiel la tradition antique. En fait, les peuples germaniques (ou Avars et Slaves en Orient) étaient relativement peu nombreux, n'avaient pas de langue de culture, d'architecture adaptée à des établissements fixes, de tradition administrative nécessaire à des états structurés, et ils ont adopté assez rapidement la langue et l'écriture (le latin ou le grec ou la transcription « cyrillique » des langues slaves, issue du grec), la civilisation, la religion (le christianisme, mais souvent l'hérésie arienne qui dominait parmi les missionnaires œuvrant en Europe centrale) et les cadres institutionnels des pays conquis dont ils ont employé les fonctionnaires et les artistes. La plupart de ces peuples étaient du reste de longue date en rapport avec l'Empire qu […]
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