2. L'Antiquité comme modèle
Le mot « Antiquité » pose, implicitement, la question de la continuité de l'histoire, de la pertinence de son découpage en périodes définies et, plus fondamentalement, celle du progrès ou de la décadence inhérents au déroulement du temps humain. De fait, c'est un terme à la fois relatif et normatif. Relatif, il suppose que, face à l'Antiquité, période définie avant tout par son ancienneté, existent les « Modernes » (les gens de « maintenant », selon l'un des sens qu'a pris en latin l'adverbe modo, « il y a peu », « tout récemment »), qui en sont séparés par une époque sans identité, sans nom, appelée faute de mieux, depuis Pétrarque (1304-1374), « temps intermédiaire », « moyen âge » (medium tempus ou medium aevum). Le mot est par ailleurs normatif en ce qu'il confère à l'Ancien une valeur de vérité. De fait, à la Renaissance, la relation entre le temps actuel et l'origine « antique » (la Grèce et Rome) est présentée comme une perte. Le recours massif aux œuvres de l'Antiquité n'était pas seulement guidé par un intérêt de connaissance, il visait à régénérer un présent déficient. Pour transformer une culture pétrifiée par un usage formel de la langue savante (le latin scolastique), on cherchait chez les auteurs anciens un usage vivant, expressif, de la langue. Contre l'idée d'une continuité de l'histoire était ainsi proposée une sorte de saut dans le temps, par-delà des siècles ténébreux.
On assiste ainsi à un paradoxe : l'ensemble de la culture grecque et romaine est présenté comme « Antiquité », alors que ce terme, emprunté à l'Antiquité elle-même, désignait déjà pour les Anciens leur passé (au ier siècle av. J.-C., Varron relate dans ses Antiquités les premiers temps de Rome). La littérature grecque et romaine reprend constamment l'idée que les « hommes d'avant » valaient mieux (en force, chez Homère ; en bonheur, chez Hésiode ; en savoir, chez Platon, Cicéron, Tacite, etc.) : il y a là une une origine perdue et vénérable. Le passé servait de norme pour fonder la q […]
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