L'étude des comportements d'anticipation permet de déterminer dans quelles conditions l'organisme est capable de prévoir, à partir de la situation actuelle, la situation future et, par là, de s'adapter par avance à cette dernière. L'anticipation est une composante essentielle des capacités d'adaptation de l'organisme : elle apparaît à tous les niveaux de l'échelle phylogénétique et intervient dans différentes fonctions.
Le type d'anticipation le plus élémentaire est constitué par le conditionnement de type pavlovien : la réaction conditionnée est une réaction typique de préparation à l'arrivée du stimulus conditionnel. Cette forme d'anticipation paraît être extrêmement générale.
L'anticipation, considérée sous l'angle de la préparation à l'action, a été étudiée de façon approfondie à l'occasion de recherches qui portaient sur les variations du temps de réaction, chez l'homme en particulier. Quand un individu doit réagir à différents stimuli par des réponses différentes, on constate qu'il utilise les propriétés statistiques de la suite des stimuli précédents pour anticiper le stimulus à venir et que le processus d'élaboration de la réponse est déclenché avant même la présentation du stimulus : cela est mis en évidence par des manifestations physiologiques et, au niveau psychologique, par une diminution du temps de réaction et, éventuellement, par des réactions prématurées ou erronées.
La perception met en jeu des processus d'anticipation du même type : le sujet utilise dans une très large mesure l'information qui a précédé pour réduire l'incertitude de ce qui peut se produire ; et il ne prélève du stimulus présent que l'information nécessaire à réduire ce qui reste d'incertitude. L'activité d'anticipation peut aller jusqu'à créer des illusions de perception.
Pour tenter de déterminer quelles propriétés statistiques de la suite des événements antérieurs sont utilisées pour prévoir le futur, on a étudié des situations dites de prédiction, où le sujet reçoit une suite d'événements aléatoires suivant une loi de probabilité déterminée et doit, après chaque événement, prédire quel sera le suivant. Il semble que la structure de la suite des événements qui viennent de se produire joue un rôle capital.
Jean-François RICHARD
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