4. Perspectives de l'anthropologie politique
L'anthropologie politique, par la pratique scientifique qu'elle définit et les résultats acquis, exerce une influence sur la discipline mère à partir de laquelle elle s'est formée. Sa simple existence lui confère une efficacité critique à l'égard de cette dernière. Elle contribue à modifier les images communes qui caractérisent les sociétés considérées par les anthropologues. Celles-ci ne peuvent plus être vues comme des sociétés unanimistes – à consensus obtenu mécaniquement – et comme des systèmes équilibrés, peu affectés par les effets de l'entropie. L'étude des aspects politiques conduit à saisir chacune de ces sociétés dans sa vie même, dans ses actes et ses problèmes, au-delà des apparences qu'elle exhibe et des théories qu'elle induit.
Les agencements sociaux se révèlent approximatifs, la compétition toujours agissante, la contestation (directe ou insidieuse) jamais abolie. L'anthropologie politique, parce qu'elle opère sur une réalité essentiellement dynamique, requiert de prendre en considération la dynamique interne des sociétés dites traditionnelles. Elle conduit nécessairement à une évaluation critique du structuralisme. E. Leach, à partir de son étude exemplaire des Kachin de Birmanie, souligne les dynamismes mis en œuvre dans les systèmes politiques réels et l'instabilité de ces derniers ; il montre que l'équilibre est dans le modèle (celui que la société se donne ou celui que l'anthropologie construit), non dans les faits. De son côté, M. Gluckman recourt à la notion d'équilibre oscillant pour interpréter la dynamique de certains États traditionnels africains ; il nuance ainsi une conception restée jusqu'alors trop statique.
Les anthropologues politistes ont aussi largement collaboré aux entreprises qui dissocient la théorie politique et la théorie de l'État. Ils ont enfin repéré certains des détours que la politique emprunte dans ses cheminements ; elle est présente dans les sociétés les plus démunies, comme elle reste […]
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