3. Bilans partiels et problèmes de demain
• Économie et institutions générales
Économie et parenté
L'économie marchande capitaliste semble largement indépendante dans son fonctionnement interne des autres structures de la vie sociale, et l'économiste aura tendance à traiter la parenté, la religion, etc., comme des variables « exogènes » et à supposer l'existence d'une rationalité économique « autonome ». Dans les sociétés primitives sans hiérarchie politique (bandes, tribus segmentaires), les rapports de parenté entre individus et entre groupes organisent le procès même de l'économie. Ils déterminent les droits des individus sur le sol et ses produits, leur obligation à recevoir, donner, coopérer. Ils déterminent également l'autorité de certains sur d'autres en matière politique ou religieuse. Ils constituent, enfin, comme le montre Claude Lévi-Strauss, l'« armature sociologique » de la pensée « sauvage ». Donc dans ce type de société les rapports de parenté fonctionnent comme rapports de production, rapports politiques, schème idéologique. En langage marxiste, ils sont à la fois superstructure et infrastructure. Cette plurifonctionnalité de la parenté dans les sociétés primitives explique deux faits sur lesquels l'unanimité s'est faite depuis le xixe siècle (Morgan, Maine) : leur complexité et leur rôle dominant. La correspondance économie-parenté ne se présente donc pas comme un rapport interne sans que les relations économiques entre parents se confondent pour autant avec leurs relations politiques, sexuelles, etc. L'unité des fonctions n'implique pas leur confusion.
L'économie se trouve donc « scellée » (K. Polanyi), encastrée dans des « institutions générales » (Evans-Pritchard), rapports de parenté ou, à un niveau plus complexe d'organisation sociale et d'évolution, rapports politiques entre aristocratie tribale et gens du commun, et ces institutions ne sont pas des variables exogènes mais sont l'économie.
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