En 1971, Anthony Burgess connut pour la première fois la grande notoriété lorsque fut porté à l'écran (par Stanley Kubrick) le roman Orange mécanique (The Clockwork Orange) qu'il avait publié en 1962 et qui reste sans doute son plus brillant exploit. C'est une fable anti-utopique dans la tradition anglaise qui va de Swift à Huxley : des gangs de jeunes terrorisent la population d'une ville qui n'est plus qu'une immense zone urbaine déshumanisée ; l'histoire est racontée, à la première personne et dans une langue, un idiolecte, qui amalgame de façon saisissante argot américain et lexique russe, par leur chef, Alex, voyou au charme pervers, archange passionné de musique classique et de langues anciennes pour qui cogner, violer, brûler, torturer, faire régner le mal dans sa pureté, est un acte de liberté spirituelle dans un monde programmé pour le progrès social et le bonheur. Chez Burgess, catholique anglais hanté par le péché originel et convaincu de la dépravation humaine, le thriller métaphysique à la Graham Greene se double ici d'une comédie de la cruauté à la Evelyn Waugh : ces deux romanciers catholiques sont sans doute, avec Joyce, ses principaux […]
