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'ANTARA ( VIe s.)

Grand guerrier et poète arabe préislamique. On lui attribue une cinquantaine de pièces, dont une mu‘allaqā, poème qui aurait été exposé à la Ka‘ba, la Pierre noire de La Mecque. Néanmoins, une grande partie de cette œuvre est apocryphe. Dans ces poèmes, ‘ Antara exalte ses faits d'armes et exprime son amour pour sa cousine ‘Abla. Ces poésies et surtout la personnalité même de ‘ Antara n'ont cessé de fasciner les Arabes et ont inspiré aux rhapsodes une œuvre collective, Le Roman d'Antar (Sirat ‘Antar), dont le texte a été recensé par le philologue Asma‘ī (740-828 de l'hégire). ‘Antara incarne, en effet, le mythe du héros, et même du héros solaire. Comme dans la plupart des gestes, ‘Antara est de sang royal, mais son origine noble ne se révélera que lorsqu'il se sera imposé par ses mérites exceptionnels. Pendant son enfance et une partie de sa jeunesse, il doit mener une vie obscure, bien différente de celle à laquelle sa naissance eût dû le faire accéder. Fils d'une esclave abyssine et d'un Arabe, il est considéré comme un bâtard et condamné à l'esclavage. Il doit garder les moutons de la tribu. C'est la période de la vie cachée, de la mort apparente. Mais des événements viennent mettre fin à cette « occultation » du héros. Par la vaillance qu'il déploie lors d'une incursion d'une tribu voisine, ‘ Antara acquiert l'admiration de son père qui l'affranchit. Grâce à ses faits d'armes, il devient le protecteur des membres de sa tribu. Par ses prouesses, il gagne le cœur de sa cousine ‘Abla. Quittant l'Arabie, il combat en Syrie, soumet les Francs à l'empereur de Byzance, accomplit maints exploits en Europe et en Afrique du Nord, sauve Rome qu'assiège Bahémond, pénètre au cœur de l'Afrique. C'est l'« épiphanie » héroïque. Mais bientôt ce héros doit rentrer dans l'ombre dont il était sorti. Il meurt, victime de la félonie de Wizr ibn Djābir. Héros solaire, ‘Antara a eu ses périodes d'aurore, de zénith et de crépuscule.

Cette épopée n'a cessé de hanter l'imagination des Arabes. Elle continue d'attirer les gens du peuple vers les cafés où le rāwī (rhapsode) la conte le soir. Elle inspira des drames au Syrien Abū Khalīl al-Qabbānī (1833-1902) et à l'Égyptien Ahmad Shawqī (1868-1932). En 1910, le théâtre de l'Odéon joua à Paris une tragédie, Antar, écrite par le Syrien Chekri Ganem. Au xixe siècle, Lamartine fut fasciné par le caractère romantique de ‘Antara, c'est-à-dire par son individualisme, son amour de la liberté, la conscience qu'il a de son génie et son esprit chevaleresque. Il vit en lui le « type de l'Arabe errant, à la fois pasteur, guerrier et poète, qui a écrit le désert tout entier dans ses poésies nationales, épique comme Homère, plaintif comme Job, amoureux comme Théocrite, philosophe comme Salomon » (Voyage en Orient). Enfin, Rimski-Korsakov, inspiré par la légende de ‘Antara, composa, en 1868, un poème symphonique du même nom, sur une nouvelle orientale de Sankowski.

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