2. L'« argument ontologique »
Les manuels nous ont gardé d'Anselme le fameux « argument ontologique » de l'existence de Dieu. Présenté pendant près d'un millénaire comme argument a priori, il était alors justiciable du platonisme récurrent qui, par la patristique, baignait effectivement les écoles monastiques à l'orée du xiie siècle. Mais les exégèses tardives du cartésianisme et du courant blondélien lui ont donné un vêtement qui le dessert. En réalité, Anselme n'avait pas à ce point formalisé son épistémologie et, si on la reprend de nos jours, on lui trouve au moins la possibilité d'une autre direction, d'une autre in-tentio. Une théorie de la connaissance ne pouvait à cette époque être développée, et l'esquisse implicite qu'en donne Anselme est évidemment insuffisante par rapport aux outils que depuis lors on a raffinés. Mais, si l'on se place du côté de celui-ci, à l'intérieur d'une foi existentielle, son argument prend une autre coloration, qui n'est ni univoque, ni fidéiste, ni idéelle. Comme, dans la théorie des ensembles, une preuve a priori par les effets exclus, il se présente à la manière d'une recherche d'antinomies dans le concept, d'antinomies qui le rendraient impossible au réel. Il devient alors sinon valable, du moins légitime. Raisonnement non positif, dogmatique, intuitionniste, qui cherche à exclure seulement l'exclusion, et qui y parvient, l'argument célèbre était destiné, dans sa consistance concrète de 1078 (date du Proslogion), à montrer l'athéisme comme étant un orgueil insensé et à détecter la spécificité logique d'un objet. L'interprétation mystique de A. Stoltz (« Zur Theologie des Proslogion », in Catholica, 1933) ou celle, fidéiste, de Karl Barth (La Preuve de l'existence de Dieu d'après saint Anselme, Neuchâtel, 1959) sont donc, pour l'historien, de simples erreurs sur Anselme. Celui-ci ne prétendait pas d'ailleurs que tout maximum est absolu ni que le pseudo-fini permet de recourir à l'infini ; il refusait seulement la regressio ad infinitum.
La formalisat […]
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