2. Les caractéristiques du syndrome
Depuis quelques dizaines d'années, le caractère secondaire des aspects neuro-endocriniens de l'anorexie étant très généralement reconnu, l'on s'est efforcé de prendre en considération les facteurs psychologiques. Le syndrome, dès lors, s'est trouvé réduit à un simple symptôme, tel que la perte d'appétit qui se rencontre dans la dépression au sens strict et dans les maladies les plus diverses, ou la restriction alimentaire consécutive à des troubles psychopathologiques classiques (comme dans les conversions hystériques, la phobie d'avaler ou la peur liée aux délires d'empoisonnement). L'anorexie mentale peut, d'ailleurs, être associée à d'autres troubles dans des formes hybrides, notamment dans les cas prépubertaires, lorsqu'il s'agit de l'adulte ou dans les rares cas masculins. On en vient encore à dissoudre le syndrome en l'assimilant aux comportements devenus très banals de limitation quantitative et qualitative des aliments ingérés du fait de la valorisation sociale de la minceur – envisagée comme critère de beauté, d'élégance et de distinction – , de la hantise de l'obésité, qui est très fréquente dans les sociétés d'abondance, ou encore de l'adhésion à des croyances diététiques d'inspiration hygiéniste ou mystique (végétarisme et restrictions alimentaires que la logique extrémiste de certaines sectes peut pousser très loin).
La grande fréquence des soucis de régime chez les adolescentes contemporaines (une sur deux environ) pourrait favoriser l'apparition du syndrome d'anorexie mentale (évalué actuellement à un cas pour 250 filles de 13 à 20 ans, dans les milieux blancs et aisés, aux États-Unis), mais surtout en faciliter la méconnaissance, du fait de l'apparente banalité des signes, et en retarder le diagnostic et le traitement. Or, l'anorexie répond à un tableau clinique tout à fait caractéristique, même si tel ou tel aspect tend à prévaloir. La forme typique est celle d'une adolescente qui inquiète ses parents par un amaigrissement so […]
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