Née à Lillebonne en 1940, Annie Ernaux grandit à Yvetot dans un milieu modeste. Après des études à l'université de Rouen, elle enseigne d'abord comme institutrice puis comme agrégée de lettres modernes. C'est avec La Place (1983) qu'Annie Ernaux va toucher un vaste public : innombrables sont les lectrices et les lecteurs qui se sont reconnus dans ce récit d'une acculturation douloureuse, d'une perte des origines, d'une rupture surmontée avec la figure du père. Le public sut discerner la nouveauté et la justesse de cette écriture autobiographique rigoureuse et altruiste, loin de tout narcissisme. Sans tomber dans les dérives communautaires (classe sociale, deuxième sexe, prolétariat, petit commerce, illettrisme, école privée et faculté), elle s'objective et s'universalise. Cette universalité procède d'une véridicité jouant sur la litote, l'ellipse et la discrétion. Depuis 1983, le style est devenu résolument fragmentaire, savamment sténographique.
Mais ce succès ne doit pas masquer l'importance des trois romans publiés antérieurement, fictions narrées à la première personne. Leur écriture, à la fois post-sartrienne et post-célinienne, exploite tous les registres de […]
