4. Un art de la conjuration
Annette Messager revendique la proximité de son art avec les ambivalences et les retournements de la « pensée magique ». Il est dans cet esprit un mot qui ne cesse de hanter cet univers, celui de protection. Il n'est en effet pas de notion plus ambivalente que celle-là. Dans certains cas, la protection équivaut à une forme d'emprisonnement. On pense bien sûr toujours à ces « pensionnaires » que l'artiste « protège » de jolies layettes tricotées pour mieux accentuer encore leur figement mortifère. Mais on pense aussi à tous ces masques, à tous ces filets et autres moustiquaires qui recouvrent animaux empaillés, peluches et photographies (Jeu de deuil, 1994 ; Parade, 1994-1995) et dont la fonction apotropaïque est évidente.
La référence à l'araignée comme figure à la fois terrifiante et protectrice est constante dans l'œuvre d'Annette Messager. Que celle-ci soit explicite, comme dans la grande toile tissée sur les murs de l'A.R.C. au musée d'Art moderne de la Ville de Paris, en 1984, au centre de laquelle l'artiste s'était représentée en arachnide géante, ou plus implicite, comme dans son utilisation des fils de laine (Anatomie, Dépendance Indépendance, 1995-1996), des filets et autres bouts de ficelle... Il faut évoquer ici le devenir-araignée d'une œuvre (a net, Annette !) qui n'en finit pas de se faire et de se défaire, de filer et de défiler les mailles d'un réseau qui accueille le sens pour mieux le dévorer, mais qui prend du même coup le risque inouï de se laisser piéger par son propre stratagème.
Les Dissections (1996), les Dépouilles (1997), les Restes (1998-2000) et Le Tapeur (2007) qu'Annette Messager réalise ensuite radicalisent et cristallisent ces réseaux d'ambiguïtés. Les animaux en peluche, qui renvoient traditionnellement à la « magie » propre au monde de l'enfance (le fameux « objet transitionnel »), deviennent ici les supports de cruelles manipulations. Éventrées, déchirées, défigurées, ces guenilles constituent désormais des « […]
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