Au printemps de 1947, Anna Seghers quitte le Mexique où elle résidait en exil avec sa famille depuis 1941 pour un Berlin en ruines, dans une Allemagne vaincue. Un certain « principe espérance » motive sa décision : elle croit fermement que l'histoire, surtout celle de son pays, va définitivement prendre un cours nouveau et que son destin d'écrivain pourra s'épanouir au service de cette Allemagne nouvelle. L'État nazi est certes vaincu, mais le but suprême – l'éradication du système de valeurs nazi qu'il avait instauré en chacun – est loin d'être atteint. « L'Allemagne ne doit plus être un conte d'hiver, mais une réalité claire et dure, écrit-elle, il faut régler son compte à Barberousse qui s'est installé sur le Kyffhäuser et à tous les démons malins qui ont pris possession des esprits. C'est un dur travail. » Anna Seghers entendait ne pas rester en dehors du travail de transformation des hommes qui attendait l'Allemagne à la fin des années 1940.
Vingt ans plus tôt, en 1928, Anna Seghers (Netty Radvanyi, née Reiling en 1900 à Mayence, morte à Berlin en 1983) s'est fait connaître en publiant une longue no […]
