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MERIAN ANNA MARIA SIBYLLA (1647-1717)

Illustratrice et naturaliste d’origine allemande, Anna Maria Sibylla Merian fut une figure originale et atypique de son temps, et ce pour trois raisons. D’abord, elle a exercé dans un domaine dominé par les hommes. Ensuite, elle a montré un grand intérêt pour la métamorphose des insectes, et en particulier celle des papillons, à une époque où beaucoup considéraient que ces animaux naissaient de la putréfaction de la matière. Enfin, son séjour de près de deux ans au Suriname en fait une des pionnières de l’étude de la faune et de la flore tropicales.

1.  Un attrait pour l’observation de la métamorphose

Anna Maria Sybilla Merian naît le 2 avril 1647, à Francfort-sur-le-Main en Allemagne. Son père, Matthäus Merian l’Ancien, est un graveur et éditeur réputé. Sa mère, devenue veuve en 1650, se remarie avec Jacob Marrell (1614-1681), artiste peintre floral. C’est lui qui enseigne à Maria Merian l’art de représenter, fidèlement et avec une précision de naturaliste, les fleurs associées à de petits insectes. Elle acquiert ainsi les techniques de la peinture, de la gravure, de la préparation des couleurs et se familiarise avec les problèmes techniques et financiers de l’édition et du commerce des œuvres d’art. Elle poursuit sa formation avec Abraham Mignon (1640-1679), un élève de Marrell. En 1665, Maria Merian épouse Johann Andreas Graff (1636-1701), peintre de scènes d’architecture. Installée en 1670 à Nuremberg, elle enseigne le dessin, la peinture et la broderie. Elle y publie Neues Blumenbuch (« Le Nouveau Livre des fleurs », trois livraisons de douze planches ; 1675, 1677, 1680), autant de modèles pour les artistes, les brodeurs et les amateurs de curiosités. Suivra Der Raupen wunderbare Verwandelung und sonderbare Blumen-nahrung (« La Mystérieuse Transformation des cocons… » en deux parties : Nuremberg, 1679 ; Francfort, 1683) dans lequel elle met en lien les fleurs (plantes hôtes) et les insectes qui viennent y pondre leurs œufs et dont les larves se nourrissent, formant ce qu’on appelle maintenant un écosystème. Maria Merian n’a pas découvert la métamorphose des papillons, déjà observée notamment par Jan Swammerdam (1637-1680), mais ses représentations, de l’œuf à l’adulte (imago), issues de ses observations de la nature, demeurent remarquables.

2.  Son voyage scientifique et son apport majeur à l’entomologie

En 1685, Maria Merian quitte Francfort et son mari, et, accompagnée de sa mère et de ses deux filles, rejoint Caspar Merian, son demi-frère, dans la communauté pieuse et monastique des labadistes (secte anabaptiste créée par Jean de Labadie), au château de Waltha dans la Frise (république des Provinces-Unies). Après la mort de son frère et de sa mère, elle va s’installer à Amsterdam en 1691. En 1699, à l’âge de cinquante-deux ans, elle décide de partir, avec sa plus jeune fille (Dorothea Maria), au Suriname, où elle séjourne, près de Paramaribo, dans une communauté religieuse. Là, Maria Merian observe le climat local, les usages des plantes et des animaux, le traitement des esclaves par les colons hollandais, et surtout la vie et la reproduction des insectes qu’elle traque jusque dans la jungle humide. Atteinte de la malaria, elle rentre à Amsterdam en 1701, rapportant nombre de plantes et animaux séchés ou conservés dans l’alcool, d’esquisses, de dessins et de peintures. En 1705, Maria Merian publie son œuvre majeure Metamorphosis insectorum surinamensium (« Métamorphoses des insectes du Suriname… », en latin et hollandais). Il s’agit de soixante planches (insectes et quelques vertébrés et invertébrés) accompagnées d’un commentaire de Caspar Commelin, alors directeur du Jardin botanique d’AmsterdamMorpho bleu, papillon. Comme dans son livre concernant les chenilles, chaque planche de lépidoptères est organisée autour d’une seule plante hôte avec la représentation de la chenille, de la nymphe, du papillon en vol pour observer le dessus de l’animal, et du papillon au repos pour voir le dessous.

Morpho bleu, papillon Photographie

Morpho bleu, papillon Cette planche (pl. 9), extraite de l’ouvrage Metamorphosis insectorum surinamensium d'Anna Maria Sibylla Merian (1647-1717), représente  les différents stades du Morpho menelaus (espèce de papillon décrite en 1758 par Carl von Linné) ou Morpho bleu : la chenille, la chrysalide (loc… 

Crédits: Natural History Museum of London/ Biosphoto Consulter

À la suite d’une attaque cérébrale, Maria Merian finit ses jours dans la pauvreté et meurt le 13 janvier 1717 à Amsterdam. Le jour de son décès, une part importante de son œuvre est achetée par un agent du tsar Pierre le Grand pour 3 000 guinées hollandaises. Cette même année, sa fille Dorothea Maria réédite le « Livre des chenilles » avec quelques variantes. Des éditions latines et françaises suivront.

Dans les années 1980, on redécouvre cette artiste et naturaliste, ses travaux faisant depuis l’objet de rééditions et d’expositions. Son nom reste attaché à plusieurs espèces : l’araignée Metellina merianae (1763), le tégu noir et blanc Salvator merianae (1839) et la grenouille Pseudis merianae (1841).

Même si Jean Théodore Lacordaire (1801-1870), dans son Introduction à l’entomologie (1834-1838), estime que l’ouvrage de Merian sur la métamorphose des insectes est « toujours recherché pour la beauté de ses planches, quoiqu’il contienne un assez grand nombre d’erreurs et ait perdu presque toute son utilité », il a cependant influencé nombre de naturalistes comme René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757) et Carl von Linné (1707-1778). Les entomologistes ont finalement reconnu dans l’œuvre de Maria Merian un tournant dans l’histoire de l’étude des insectes.

Denis LAMY

 

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Pour citer cet article

Denis LAMY, « MERIAN ANNA MARIA SIBYLLA - (1647-1717)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le  . URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/anna-maria-sibylla-merian/

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« » est également traité dans :

MERIAN L'ANCIEN MATTHÄUS (1593-1650)

Écrit par :  Michel MELOT

…  le 19 juin 1650. Matthäus Merian l'Ancien eut trois enfants qui furent aussi graveurs : une fille, *Anna Maria Sibylla (1647-1717), spécialisée dans la représentation des fleurs et des insectes ; Matthäus le Jeune (1621-1687) et Caspar (1627-1686), qui fut également topographe et collabora avec son père. Artistes d'Lire la suite

 

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