3. « Orthodoxie » freudienne et ego psychology
Parallèlement à son activité d'analyste, Anna Freud s'est occupée de la publication des œuvres inédites de son père, notamment de ses lettres, ce qui, ajouté à son statut d'enfant préféré, contribua à faire d'elle, aux yeux des analystes, le garant de l'orthodoxie freudienne. Mais il semble qu'elle ait mis à profit cet avantage pour influer sur la doctrine : d'une part, en essayant de la rendre accessible aux non-analystes, notamment les parents et les pédagogues (telle sera la visée de certains de ses ouvrages, comme L'Initiation à la psychanalyse pour éducateurs, où elle abandonne le jargon sophistiqué et utilise des notions simples) ; d'autre part, en accentuant le rôle de l'ego dans la personnalité et en infléchissant les théories de son père dans le sens d'une psychologie du moi. Dans son ouvrage célèbre, Le Moi et les mécanismes de défense, elle explique que « le traitement analytique a de tout temps eu pour objet le moi et ses troubles, l'étude du ça et de ses modes d'action ne constituant qu'un moyen d'atteindre le but thérapeutique. Ce but reste invariablement le même : supprimer les troubles et rétablir l'intégrité du moi ». Or si l'on définit la psychanalyse comme un moyen de rétablir l'intégrité du moi plutôt que comme une voie d'approche des désirs inconscients, et si l'on définit le moi lui-même comme l'instance qui permet au sujet de « s'adapter à la réalité », on semble se contenter de vouloir remanier superficiellement et artificiellement la « personnalité » du sujet pour lui permettre de jouer, pendant au moins un certain temps, le rôle que la société attend de lui.
Anna Freud est restée jusqu'à sa mort le défenseur farouche de ce qu'elle jugeait être la vraie doctrine freudienne. Mais la lecture qu'elle en faisait et l'autorité qu'elle garda sur l'I.P.A. suscitèrent souvent des débats et des conflits passionnés au sein de la communauté psychanalytique internationale, comme en 1953, au Congrès de Rome, qui fut illustré par le discours et la dissidence de Jacques Lacan.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



