Née à Paris, de mère grecque et de père roumain, la princesse Brancovan et, par son mariage, comtesse Noailles, Anna allie une exubérance toute « orientale » à une riche culture française. Avec son premier recueil de vers, Le Cœur innombrable (1901), réapparaît une poésie romantique, sincère et personnelle, que les recherches symbolistes avaient fait taire. Ses poèmes sont autant de chants qu'elle dédie à la nature, aux paysages et aux jardins, à la vie elle-même. Dans L'Ombre des jours (1902), la « muse des jardins », comme la surnomment ses contemporains, exalte la sensualité et l'amour de la vie. Elle est animée d'une confiance panthéiste en l'univers qui la porte vers toutes les voluptés comme vers des formes pures de l'inspiration. Les quelques touches d'inquiétude que lui inspirent la brièveté de la communion avec la nature vont, à la suite d'un deuil, s'emparer peu à peu de sa poésie. Et l'image de la mort deviendra son thème prédominant. Malade, torturée par l'idée du néant, isolée, elle s'éloigne du lyrisme charnel et de l'exotisme qui faisaient le charme de ses premières pièces. Mais ne peut-on dire qu'elle poursuit son effusion sincère en abordant, a […]
