2. De la Révolution à la Seconde Guerre mondiale
L'œuvre et la personne d'Akhmatova apparaissent en 1917 comme la quintessence de la culture aristocratique que symbolise Saint-Pétersbourg et dont la Révolution va sonner le glas. Son lyrisme personnel ne paraît guère à la mesure du cataclysme qui sera désormais au centre de la conscience russe. Pourtant, après octobre 1917, elle refusera de quitter son pays et se fera un devoir de partager le sort de son peuple ; si étrangère que lui soit l'idéologie marxiste, elle acceptera comme un bienfait le dépouillement auquel la Révolution va la contraindre.
Ce dépouillement, déjà sensible dans les vers des années de guerre (La Volée blanche, 1917), se marque surtout dans les poésies des années de la Révolution et de la guerre civile, particulièrement fécondes (Le Plantain, 1921, et Anno Domini MCMXXI, 1922 ; ce dernier titre perdra son millésime dans les éditions postérieures). Tout ce qui, dans les recueils précédents, trahissait encore la pose ou la stylisation, a maintenant disparu. Quelques poèmes seulement, mais qui ont valeur de manifeste, y font entendre l'écho des événements historiques, guerre ou révolution. Dans l'ensemble, la poésie d'Akhmatova, ouverte sur le monde sensible, reste cependant axée sur la vie intérieure.
Séparée de Goumiliov en 1918, Anna Akhmatova a épousé, peu après la Révolution, l'orientaliste V. K. Chileïko, d'avec qui elle divorcera également. Le nom de Goumiliov, fusillé en 1921 à la suite d'un complot antibolchevique, va cependant lui fermer pour de longues années les portes des maisons d'édition soviétiques. Entre 1923 et 1940, elle ne pourra publier que quelques traductions. Jusqu'en 1934, elle cessera pratiquement d'écrire des vers et se vouera à des recherches sur l'architecture ancienne de Saint-Pétersbourg, ainsi qu'à des travaux d'histoire littéraire consacrés à Pouchkine, dont certains sont encore inédits. Ceux qui ont été publiés (Le Dernier Conte de Pouchkine, 1933 ; L'Adolphe de Benjamin Constant dans l'œuvr […]
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