3. De l'animal singulier à l'animal expérimental
Avec la recherche en physiologie à partir du xviie siècle, certains animaux deviennent des animaux d'expérience. D'observé pour lui-même, l'animal présentant une singularité morphologique ou physiologique qui facilite l'étude d'un phénomène général glisse alors dans l'expérimentation et devient un outil pour l'étude d'une propriété qu'il partage avec d'autres espèces. Par exemple, l'observation de la circulation des globules rouges dans les capillaires de la patte et des poumons des grenouilles par Malpighi en 1661 permet à ce dernier de comprendre le passage du sang artériel au sang veineux chez cet animal et par extension chez l'homme, ce que Harvey, en eût-il eu les moyens techniques, ne pouvait étudier chez l'homme ou chez d'autres mammifères. Les membranes pulmonaires et la patte de la grenouille sont en effet transparentes et se prêtent donc bien à l'observation microscopique directe sur l'animal vivant ; ce sont ces mêmes propriétés qui font actuellement utiliser le poisson-zèbre en biologie expérimentale. Il s'y ajoute les traits communs à tous les animaux utilisés au laboratoire : la grenouille est un animal aisé à obtenir et à élever, peu coûteux, facile à manipuler et si différent de l'homme qu'on expérimente sur elle sans grand souci moral, du moins en Occident.
Si on ne retient ici que le cas des vertébrés, l'animal a été depuis le début de l'expérimentation en physiologie un outil pour étudier des fonctions qu'on ne pouvait pas expérimenter directement sur l'homme : l'animal expérimental est, au moins en arrière-plan, indispensable à l'étude de la physiopathologie humaine. C'est en ce sens qu'il faut entendre la démarche expérimentale de Claude Bernard au xixe siècle. La transformation d'un animal en système expérimental, sous-tendue par l'idée de travailler sur une sorte de substitut humanoïde, a certainement été facilitée par la position culturelle générale jusqu'au développement de l'éthologie moderne, qui ne vo […]
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