2. Animalité, droit naturel et éthique
Le dispositif de la différence par défaut (l'animal est privé des qualités dont l'homme est doté) a pour finalité implicite d'exclure les animaux de la communauté morale, dans le but d'en faire des choses à la disposition de l'homme. N'est-ce pas en effet en amont, du côté de l'être, que tout se décide ? La place des animaux dans l'éthique et le type de traitements que l'homme leur réserve sont intimement liés à leur ontologie. La conception négative de l'animalité induit en effet une différenciation sur le plan axiologique : est supposé pertinent le passage entre les capacités cognitives (privilège accordé à la raison) et la valeur morale (droit au respect, prise en considération des intérêts de l'individu). Il y va des limites de la communauté morale, c'est-à-dire de l'ensemble des êtres vis-à-vis desquels existent des obligations, sans que ceux-ci soient nécessairement capables d'exercer des devoirs. On rejoint ainsi la double question de savoir si l'on peut tirer un impératif d'un indicatif, et, si oui, quel est l'indicatif véritablement pertinent pour fonder des droits ? En l'occurrence, les capacités cognitives peuvent-elles légitimement justifier un tel passage ? Interrogation à laquelle on peut objecter cette autre : pourquoi faudrait-il être doué de raison pour se voir reconnaître des droits ?
• Rousseau et la refondation d'un droit naturel
La critique de l'humanisme métaphysique porte sur la non-pertinence d'attributs spirituels (l'âme) ou de performances cognitives (la raison, la conscience réflexive) à fonder les droits moraux. C'est la notion de sensibilité (la capacité à ressentir le plaisir et la souffrance) qui serait en elle-même génératrice de droits : telle est la voie ouverte par Rousseau, et dont nous allons reprendre le fil.
Partant, comme on l'a vu plus haut, non de caractéristiques propres à l'homme naturel, mais de la capacité, issue du langage, à faire le détour par la représentation abstraite des maximes mora […]
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