4. Des aventures de Gulliver au roman noir
• Apogée du classicisme
Dans Les Voyages de Samuel Gulliver (Gulliver's Travels, 1726) comme dans The Rape of the Lock, l'esprit joue sur les proportions, sur ce que Voltaire appellera « le complexe de Micromégas » : le désespoir de Belinda est comparé à celui de jeunes rois faits prisonniers ; la terre, la mer et l'air sont nommés dans un même contexte avec les petits chiens et les perroquets ; dans Gulliver, les effets les plus étonnants sont obtenus par une simple juxtaposition de maxima et de minima. Le même jeu d'esprit que le distique héroïque de Pope effectue par sa tournure épigrammatique, par son second vers scandé et partagé en lumière et ombre par la césure, Jonathan Swift (1667-1745) l'obtient en prenant l'anormal comme norme (Gulliver's Travels), l'infraction comme loi (Instructions aux domestiques [Directions to Servants, 1745]), le monstrueux comme sens commun (Modeste Proposition [A Modest Proposal, 1729]). La précision et l'élégance de ses attaques rapproche Swift des âpres poètes satiriques latins, dont il avoue éprouver la sacra indignatio. L'utopie des humanistes devient entre ses mains une arme pour se venger d'un tort immense et obscur que les hommes semblent lui avoir fait. La satire de l'ami de Swift, le médecin John Arbuthnot (1667-1735), est loin de posséder la même virulence, elle est tout au plus malicieuse : c'est lui qui a créé le personnage de John Bull (The History of John Bull, 1712).
La poésie de cette période se réduit – ou peu s'en faut – à des vers satiriques, des bagatelles ironiques et érotiques, des pièces de circonstance, des poèmes burlesques et des parodies. Ainsi le fameux Opéra du gueux (The Beggar's Opera, 1728) de John Gay (1685-1732), sorte de vaudeville, caricature le théâtre sentimental : ses personnages, au lieu de bergers et de bergères, sont des voleurs et des filles de la pègre londonienne.
Avec Joseph Addison (1672-1719), le classicisme anglais atteint son apogée. Mais il faut distinguer l […]
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