10. Le théâtre contemporain
Jusqu'aux alentours de 1956, et depuis fort longtemps, le répertoire moderne de « qualité » dans le théâtre anglais se bornait, peu ou prou, à trois auteurs : Oscar Wilde, George Bernard Shaw et Noel Coward, dont on jouait les œuvres, en province comme à Londres, jusqu'à satiété. Ce répertoire visait un public bourgeois, et, sauf de très rares exceptions, prenait pour cadre la « bonne société ». Le brillant des reparties et la subtilité de la dialectique – tous produits de la meilleure éducation – étaient les qualités maîtresses de ces œuvres, à quoi s'ajoutait l'habileté de l'agencement : l'idéal était la « pièce bien faite » (well-made play).
À partir de 1956 apparaît une jeune génération d'auteurs, souvent d'origine populaire, qui révolutionnent le ton, le langage, le cadre social et la « psychologie » des personnages. Avec eux, « la classe ouvrière en tant que telle entre pour la première fois dans le théâtre en Angleterre » (J. R. Taylor), sur scène sinon dans la salle. C'est sans doute là le principal apport de ceux que l'on nommait les « jeunes hommes en colère » (angry young men). Par la suite, la recherche d'une audience élargie – populaire – provoque la diversification des lieux et des formes à laquelle on assiste surtout dans les années 1970. L'abolition, en 1969, de la censure officielle, qui mutilait auparavant nombre de pièces d'avant-garde, marque un nouveau tournant : sujets interdits (surtout l'homosexualité) et mots tabous (les célèbres « mots de quatre lettres ») envahissent la scène et, avec eux, l'argot et les jargons spécialisés – dont la violence ou l'hermétisme auraient été inimaginables au théâtre quelques années plus tôt.
• Révolte et récupération
La vieille tradition – celle d'avant 1956, à laquelle Somerset Maugham reprochait amèrement sa « vraisemblance de soirée mondaine » – est loin d'être morte. Après la première « vague » apparaissent en effet, vers 1967, des auteurs qui renouent avec elle. Quand bien même ils ess […]
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