3. Brièveté et originalité de la phase baroque
Le baroque anglais est un sujet controversé dans la mesure où il se différencie radicalement de ses équivalents continentaux. Il est aussi éloigné des recherches plastiques des architectes italiens que des sinuosités de l'Allemagne méridionale. Protestant dans la mesure où il reste empreint d'une certaine gravité, il se fonde essentiellement sur une espèce de théâtralisation du corps même de l'architecture où joue pleinement l'affirmation des volumes. Austère et massif, nourri de références gothiques et élisabéthaines, son « cubisme » apparaît parfois curieusement moderne. Ainsi, Emil Kaufmann voit dans ce bref épanouissement du début du xviiie siècle une volonté de réforme « anti-baroque » et fait de Vanbrugh et d'Hawksmoor les véritables précurseurs de l'architecture révolutionnaire. Sir John Vanbrugh (1664-1726), allié à la noblesse et à la grande bourgeoisie, auteur dramatique brillant, ne s'adonna que tardivement à l'architecture. Il construisit uniquement de vastes demeures patriciennes. Goose Pie House (1699, détruite) montre déjà un traitement vigoureux des masses ainsi qu'une dissonance affirmée entre les différentes parties. Si pour Castle Howard (1701-1715) il reprend le schéma très articulé de la villa palladienne avec ses vastes ailes, c'est à Bleinheim Palace (1706-1726) qu'il déploie cette « imagination bizarre » qui étonna parfois ses contemporains. Pour ce palais colossal, élevé par la reine Anne et la nation anglaise à la gloire du duc de Marlborough, il crée une sorte de tension dramatique en jouant sur une interpénétration des volumes qui exprime d'ailleurs la complexité du plan, tout en conférant une allure presque fantastique au bâtiment par l'adjonction d'étranges superstructures. À Seaton Deleval, il réalisa un « manifeste » de sa manière syncrétique, transgressant magnifiquement l'emploi des ordres.
Nicholas Hawksmoor (1661-1736), qui fut le principal collaborateur des dernières années de Wren, se trouva asso […]
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