1. Destination des monuments
Les monuments khmers qui ont subsisté, parce qu'ils furent construits en matériaux durables, sont des sanctuaires. Entre 900 et 1220 furent édifiés à Angkor des temples çivaïtes (les temples-montagnes, qui abritent le lịnga-palladium du royaume), des sanctuaires vichnouites (dont le principal est Angkor Vat), des ensembles bouddhiques (principalement sous le règne de Jayavarman VII). La tolérance réciproque du vichnouisme et du çivaïsme dans un même temple semble avoir été de règle, chacune de ces deux religions ayant généralement considéré la divinité de l'autre comme un aspect secondaire de la sienne propre. Ces sanctuaires, les inscriptions nous l'enseignent, subsistaient grâce à une fondation, constituée de terres, de villages avec leurs habitants, d'esclaves, de serviteurs et de desservants héréditaires. Témoins d'une religion devenue, hors de l'Inde, essentiellement aristocratique, ces temples sont destinés à deux sortes de cultes, parfois associés dans un même sanctuaire lorsque celui-ci est un temple-montagne : le culte au bénéfice des parents, le culte de la divinité protectrice du royaume.
• Le culte au bénéfice des parents
Les religions pratiquées sont venues de l'Inde, mais il est bien certain que, transplantées en pays khmer, elles ont intégré plutôt que détruit les croyances et l'organisation sociale des indigènes. C'est ainsi que la plupart des sanctuaires sont consacrés à des formes de ce « culte des ancêtres » que l'on trouve attesté dans tout l'Extrême-Orient. Seulement, ces temples contiennent des images de Viṣṇu, de Śiva, du Buddha, du bodhisattva Lokeśvara, de la Prajñāpāramitā. C'est uniquement par le nom propre qui leur est donné, composé de celui du défunt et de celui de la divinité, et non par l'apparence, que l'on sait avoir affaire non pas à telle divinité dans l'absolu, mais à la divinité comme principe suprême dans lequel le défunt est venu se fondre, ou se réabsorber. La sauvegarde de ces fondations, la continuation sans défaillance du culte sont la préoccupation constante du souverain et des grands dignitaires.
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