4. Bilan
Rien dans la vie antérieure d'Angelo Giuseppe Roncalli ne laissait supposer que son pontificat serait différent du pontificat bienséant, empreint de tradition et statique qu'attendait le Collège des cardinaux lorsqu'il le choisit comme « pape de transition » (papa di passaggio) en octobre 1958. Son prédécesseur brillant et déterminé avait élaboré une politique défensive définissant la position de l'Église à l'égard du monde moderne qui devait, selon les cardinaux, pouvoir être appliquée pendant encore un siècle. Ces derniers avaient par ailleurs toutes les raisons de croire, au vu de son comportement passé, que le cardinal Roncalli vieillissant maintiendrait le statut quo pendant les quelques années qui lui restaient à vivre. L'Église devait ensuite, selon les plans du Sacré Collège, se tourner vers un jeune prélat modelé à l'image de Pie XII. Cependant, après son élection au Saint-Siège, Roncalli mit en pratique un si grand nombre d'idées qu'il avait conçues en privé pendant un demi-siècle passé à servir les autres avec obéissance que l'Église allait en être à jamais bouleversée.
Angelo Roncalli aurait pu vivre et mourir en tant que prêtre d'une paroisse perdue s'il n'avait pas été aussi conformiste pendant toute sa vie, à l'exception de ses dernières années. Issu d'une famille de cultivateurs, il débuta sa carrière ecclésiastique sans aucune connexion de valeur et sans puissant protecteur pour le guider à travers une politique ecclésiastique labyrinthique. Il doit surtout son ascension continuelle au fait d'avoir été prêt à contenir ses préférences personnelles, à suivre les ordres et à se plier à la volonté de ses supérieurs sans se plaindre. Tel était en effet l'idéal clérical qui était enseigné au séminaire de Bergame et qui le guida toute sa vie.
Le successeur de Jean XXIII, Paul VI, initia les démarches officielles qui allaientt conduire à sa canonisation. Si la tradition ancestrale de la canonisation populaire avait encore été en vigueur en 1963, les foules en pleurs qui se rassemblèrent sur la place Saint-Pierre à l'annonce de sa mort lui aurait probablement octroyé immédiatement cet honneur. Il fallut cependant attendre le 3 septembre 2000 pour que Jean XXIII soit béatifié par le pape Jean-Paul II.
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