2. L'anesthésie locorégionale
L'anesthésie locorégionale est la suspension transitoire de la sensibilité d'un ou de plusieurs territoires corporels, concernés par une intervention chirurgicale, un traitement, un examen. Les techniques d'anesthésie locorégionale ont donc pour but d'interrompre transitoirement la transmission des messages douloureux le long des structures nerveuses, tout en préservant l'état de conscience du patient. Les agents utilisés à cet effet sont appelés anesthésiques locaux.
• Anesthésiques locaux
Jusqu'au milieu du xxe siècle, l'anesthésique local le plus efficace a été extrait des feuilles de la « plante divine des Incas », à savoir la coca.
En 1860, à Göttingen, Albert Niemann (1834-1861) isola, à partir d'un extrait de feuilles de coca, un alcaloïde qu'il baptisa cocaïne et qui fut considéré comme un simple stimulant, voisin de la caféine. À Vienne, Carl Koller et Sigmund Freud avaient constaté que les cristaux de cocaïne déposés sur la langue la rendaient insensible. Von Anrep observa, en 1880, que la peau infiltrée de cocaïne était indolore lors d'une piqûre, et proposa l'emploi de la cocaïne comme anesthésique local.
Alfred Einhorn et Richard Willstatter, pharmaciens à l'université de Munich, proposèrent en 1898 un modèle moléculaire pour la cocaïne. Différents analogues furent synthétisés, dont l'Eucaïne⌖. En 1900, Paul Ehrlich rechercha des analogues de cocaïne utilisables en thérapeutique, comme l'orthoforme ou orthocaïne. En 1902, Ritsert proposa la benzocaïne, sous le nom d'Anesthésine⌖. Ernest Fourneau, alors directeur de recherches des frères Poulenc à Ivry-sur-Seine, prépara, en 1904, l'amylocaïne, commercialisée sous le nom de Stovaïne⌖ (de l'anglais stove qui signifie « fourneau »).
En 1885, James Leonard Corning (1855-1923) avait démontré que l'effet de la cocaïne était renforcé par un garrottage de la zone irriguée (ainsi le médicament n'est pas éliminé de la zone à anesthésier), ce qui amena Heinrich Braun à proposer la constriction des vaisseaux sanguins par des extraits su […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



