2. De l'art de la reproduction à la reproduction comme art
En 1960, Andy Warhol exécute ses premières peintures d'après des bandes dessinées : Dick Tracy, Superman, Saturday's Popeye. Ces œuvres, qui sont contemporaines de celles de Roy Lichtenstein, inaugurent une nouvelle manière d'aborder la peinture à partir d'images préexistantes, le plus souvent en provenance des mass media. Il ne s'agit plus de se réfugier derrière les paravents de l'imagination ou de l'inspiration, mais de partir de données visuelles qui ont fait leurs preuves. Même si l'artiste se tient au plus près des motifs utilisés (il n'opère aucune transformation du dessin d'origine), ces premières peintures restent empreintes de tics picturaux issus de l'expressionnisme abstrait : taches, coulures, coups de pinceau... Rapidement, Warhol radicalise sa démarche. 1962 constitue à cet égard une période charnière, puisque, cette année-là, il réalise des toiles saturées de billets de banque (80 Two-Dollar Bills), de boîtes de conserve Campbell's Soup (32 Soup Cans), de bouteilles de Coca-Cola (210 Coca-Cola Bottles), mais aussi de portraits d'Elvis Presley (Red Elvis) et de Marilyn Monroe (Marilyn 100).
Emblèmes de l'identité et de la similitude, la bouteille de Coca-Cola et le billet de 1 dollar constituent les sujets (de peinture) et les objets (de consommation) minimaux par excellence. Ils représentent également les images mêmes de l'illusion démocratique. Les émotions et les différences ne sont pas en effet inscrites dans l'objet, mais dans les relations que les individus (spectateurs ou consommateurs) entretiennent avec lui. « Ce qu'il y a de formidable dans ce pays, écrit Andy Warhol, c'est que l'Amérique a créé une tradition où les plus riches consommateurs achètent la même chose que les plus pauvres. On peut regarder la télévision et voir Coca-Cola, et on peut savoir que le président boit du Coca, Liz Taylor boit du Coca, et pensez donc, soi-même, on peut boire du Coca. Aucune somme d'argent au monde ne peut procurer un meilleur Coca que celui du clochard au coin de […]
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