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BIÉLY ANDRÉI (1880-1934)

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2.  Le meurtre du père

Assurément la nouvelle mentalité ne touche que des milieux très restreints. Cette « renaissance » russe est le fait de quelques privilégiés et elle serait sans doute oubliée si les quelques protagonistes du mouvement n'avaient été destinés à d'éblouissantes réussites. Ce sont les poètes Viatcheslav Ivanov, Alexandre Blok, Andréi Biély ; les peintres Vroubel et Benois ; les philosophes Berdiaev et Chestov, l'essayiste Rozanov. Le ferment de cette renaissance, ce sont les nouvelles revues d'art, les nouvelles sociétés philosophiques, les expositions du Monde de l'art, les ballets de Diaghilev. Une petite élite douée et bavarde se réunit, fermente, se scinde, se ressoude. Et, partout, au centre de presque tout, il y a, admiré, haï, toujours fiévreux, un grand jeune homme prodigieusement érudit, exclusivement cérébral, angélique pour les uns, démoniaque pour les autres : c'est le fils d'un célébre mathématicien de l'université de Moscou, le fils du professeur Bougaïev, et son pseudonyme est Andréi Biély. Il a pris ce nom de plume pour ne pas choquer son père par ses publications de vers « décadents », mais aussi, qui sait, pour rompre avec la tyrannie paternelle : le débat de Biély avec son père devait se poursuivre bien au-delà de la mort, en 1903, du professeur logicien et amateur de calembours.

Le débat devait s'intérioriser et devenir le thème obsédant du parricide. Ce pseudonyme de Biély, « le Candide », marque aussi une filiation, spirituelle, avec le père de l'idéalisme russe, le philosophe Vladimir Soloviev (1853-1900). Suggéré par le frère de celui-ci, tiré d'un vers célèbre du philosophe-poète, ce nom angélique répond à tout le côté mystique et idéaliste d'Andréi Biély. Il correspond au titre héraldique du premier recueil de vers, paru en 1903, Or sur azur. Cependant, dès ce premier recueil, l'exultation du mystique recule parfois devant de cruels accès de désespoir et de morbides hantises de la crucifixion. Auteur d'insolites Symphonies (1902-1903), qui sont à mi-chemin entre prose et poésie, Biély rêve de recréer une réalité musicale d'inspiration wagnérienne, mais décrivant la ville et les hommes du xxe siècle. Ces Symphonies et leur architectonique de leitmotive ont beaucoup contribué à la naissance du « modernisme » russe, ainsi placé sous le signe d'un formalisme magique qui « intoxique » les plus jeunes, selon le mot de Boris Pasternak. Elles ont aussi préparé la genèse de Pétersbourg, la plus grande œuvre de Biély.

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