4. Un chercheur désintéressé
L'œuvre scientifique d'Ampère est donc d'une richesse incomparable. Cet esprit si profondément encyclopédique se tourne aussi bien vers les mathématiques que vers les sciences naturelles, les sciences physiques que la philosophie. Sa solide formation mathématique l'a profondément marqué. Il a su en tirer magnifiquement parti, mais, au moment où son génie éclate, on le voit assailli de soucis matériels et moraux, absorbé par une carrière épuisante d'enseignement, puis d'inspection générale, obligé de rédiger ses mémoires « avec une hâte extrême ». On ne peut que déplorer pareille situation. Quand on songe qu'Ampère avait pensé un moment se procurer en Autriche des échantillons de pechblende pour en étudier avec Nicolas Louis Vauquelin la composition chimique, on peut se demander ce qu'il en eût résulté : Ampère aurait-il constaté la phosphorescence et de là aurait-il été mis sur la voie de la découverte de la radioactivité ?
Le fait scientifique existe par lui-même avant l'esprit humain dans lequel il se reflétera. Mais le savant est-il indépendant de sa science ? Il est certain que le hasard joue souvent un rôle capital dans les découvertes. Néanmoins, et de plus en plus, ces accidents heureux n'arrivent qu'à ceux qui par un effort prolongé ont consacré leur vie à l'étude de la science. Ils sont ainsi tout préparés à saisir la solution recherchée quand elle s'offre soudainement à eux. L'amateur éclairé qui, par curiosité d'esprit, fait de belles découvertes a disparu. La physique en est arrivée à un stade où il faut, pour la faire progresser, lui consacrer tout son temps et disposer d'un matériel de plus en plus considérable et coûteux. À notre époque la spécialisation est devenue la règle, le travail en équipe une nécessité.
Dans notre monde dominé par l'efficacité des moyens matériels, la recherche dite fondamentale demeure la source féconde d'où découlent des progrès techniques et des applications pratiques imprévisibles.
Ampère, chercheur désintéressé, soutenu, dans des conditions de travail souvent difficiles, par la joie de connaître et de comprendre, reste pour nous un savant exemplaire.
Son nom a été choisi pour désigner l'unité d'intensité du courant électrique, notion fondamentale que, le premier, il avait mise clairement en évidence. La plus grande gloire, pour un savant, est d'inscrire son nom au panthéon des phénomènes déchiffrés dans le grand livre de la Nature. Tel est le cas d'André-Marie Ampère.
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