2. La marqueterie Boulle
Le type de marqueterie auquel Boulle donna son nom consiste en placages d'écaille de tortue ou de corne combinés à du métal (du laiton en général, mais parfois aussi de l'étain et du cuivre rouge), découpés en formes complexes, étalés sur du bois teinté en noir souvent lui-même incrusté de minces filets de laiton. Le dessin ou motif était alors collé sur la surface supérieure (un seul modèle gravé existe encore, aux États-Unis), comme guide du découpage, lequel s'effectuait au moyen d'une fine scie. On obtenait ainsi deux fois le même motif : en positif (première partie, avec une structure métallique sur fond d'écaille) et en négatif (contre-partie, avec une structure d'écaille sur fond de laiton) pour décorer des paires de bois de meubles. En outre, l'effet sombre et riche était souvent accentué par l'addition de couleur appliquée au dos de la partie claire de l'écaille de tortue ou sur de la corne claire, ou encore par des incrustations de pierres semi-précieuses, de lapis-lazuli, etc. Le laiton était d'ordinaire soigneusement gravé, et l'application de montures, à la fois fonctionnelles et décoratives, de bronze doré ou même de bronze simplement trempé dans l'acide et laqué parachevait l'ensemble. Aucune de ces caractéristiques n'était l'invention personnelle de Boulle ; elles étaient déjà apparues sur des meubles en marqueterie réalisés en Italie (à Florence en particulier), en Allemagne (spécialement à Augsbourg) et peut-être aussi à Anvers en Flandre. Le mérite particulier de Boulle résidait dans la virtuosité technique et le goût exceptionnel avec lesquels il combina ces divers éléments.
Son sens inné de la décoration fut sans nul doute encouragé et dirigé par Le Brun, qui supervisa l'ameublement de Versailles et des autres palais royaux jusqu'en 1687, et qui fournit des dessins de meubles aux artisans du roi. On retrouve dans le caractère monumental et rectiligne de tant de meubles de Boulle la sévère retenue que Le Brun avait imposée au baroque. Que Boulle fût lui-même un collectionneur d'art passionné est encore plu […]
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