4. L'expérience humaine
Durant ces quelque dix ans où Breton, inlassablement, se bat pour la vérité de la révolution et pour la vérité de l'art, la grande aventure mentale qu'est pour lui le surréalisme ne s'en poursuit pas moins ; car il possède à un exceptionnel degré le pouvoir d'embrasser d'un même regard tous les niveaux de l'expérience humaine. De ce temps datent quelques-uns de ses plus importants ouvrages. Après l'Introduction au discours sur le peu de réalité, d'une rare intensité poétique, c'est en 1928 Nadja, récit et non roman ; par-delà le personnage réel de l'héroïne, riche de pouvoirs insolites et si totalement démunie, messagère du merveilleux, annonciatrice de la grande révélation amoureuse, mais elle-même vouée au désastre, un style de vie se dessine : la disponibilité, l'attente, l'ouverture à l'imprévisible qui fait éclater la croûte figée de l'existence et enfin la change. En 1928 également paraît en volume Le Surréalisme et la Peinture ; la peinture, comme la poésie, est moyen de libération et non seulement objet de délectation ; le contenu primant la forme, l'œuvre est qualifiée par référence à un « modèle purement intérieur », d'un bout à l'autre de la gamme des techniques et des styles.
La Révolution surréaliste, que Breton dirige depuis 1925, meurt en 1929, avec, dans le douzième et dernier numéro, une belle enquête sur l'amour, qui s'affirme comme une des valeurs surréalistes essentielle, et le Second Manifeste du surréalisme. Son aspect polémique, sa violence – Breton y prend à partie les dissidents – tiennent, pour une part au moins, à son but, qui est de redéfinir les fondements du surréalisme, pour l'extérieur comme pour lui-même : la révolte devant ce qui est, que ne peut épuiser la seule exigence sociale, la rigueur morale devant la tentation esthétique, la volonté d'action dans tous les domaines, mais l'autonomie totale de la recherche surréaliste, la récupération par l'esprit de tous ses pouvoirs, la liberté, toujours. Les Vases communicants (1932) précisent e […]
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