Ceux qui ont eu la chance de connaître André Berne-Joffroy garderont de lui le souvenir de l'amateur, au meilleur sens du terme, avec ce qu'il connote d'éclairé, d'ouvert. Toujours d'une parfaite courtoisie et pour mieux dire amabilité, ne se piquant jamais de rien mais généreux de ce qu'il savait, d'une mémoire exceptionnelle, il eut jusqu'au bout une étonnante présence, le souci de sa mise et de son maintien, le goût de la conversation ; malgré une santé qui, avec l'âge, lui donnait les apparences de la plus grande fragilité, il aimait les rencontres et continuait de recevoir, n'hésitant pas à montrer et commenter tableaux ou manuscrits ; autant de traces d'une vie riche en amitiés, protégée aussi par une discrétion souriante.
Né le 11 avril 1915 dans les beaux quartiers de Paris (le Pr Alix Jouffroy, élève de Charcot, était son grand-père), il avait eu une enfance douloureuse : pupille de la nation, il perdit sa mère durant l'adolescence. Après une scolarité difficile, il fit trois ans d'études de médecine – et passa la « drôle de guerre » comme ambulancier... Ayant renoncé à la carrière médicale, cet admirateur du Journal de Gide s'oriente vers les lettres et obtient, en 1941, un diplôme d'études supérieures de philosophie. Démobilisé, il rencontre Félix Fénéon (à qui il présente des poèmes), Bernard Groethuysen, Paul Valéry ; il reçoit de Daniel-Rops la commande, chez Plon, de Présence de Valéry, qui paraît en 1944 (il est également l'auteur du Valéry de la Bibliothèque idéale, Gallimard, 1960). Il n'écrira plus par la suite qu'un livre – mais majeur, et apparemment dans un tout autre domaine : Le Dossier Caravage. Psychologie des attributions et psychologie de l'art, publié aux éditions de Minuit en 1959, avant d'être réédité par Yves Bonnefoy chez Flammarion en 1999 avec une Préface d'Arnaud Brejon de Lavergnée et les « remarques quasi posthumes » de l'auteur. Pour le reste, ses écrits se monnayent en articles, études, préfaces (dont une à la Vie de Rancé, 1986) – et catalogues de peinture, no […]
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