Lauréat de nombreux grands prix internationaux d'architecture, célébré par de vastes rétrospectives dans les principaux musées d'art contemporain, Andō Tadao est devenu l'architecte emblématique du Japon, l'une grandes figures internationales de la profession. Sa notoriété lui vient d'une expression formelle d'une exceptionnelle rigueur. Dans un univers qu'avaient ébranlé les recherches éclectiques de la période postmoderne des années 1970, le foisonnement des styles, l'accumulation des références savantes et l'abus de citations historicistes, il a renoué avec une vision plus universelle de l'architecture. Du point de vue de la composition architecturale, il emploie un registre grave et d'une grande concision, sans la moindre trace d'ornement ou de symbolisme surajouté. Sur un plan plus philosophique ou métaphysique – la place de l'homme dans la métropole moderne – il propose des espaces clos, sereinement repliés sur eux-mêmes, presque monacaux. Cette attitude se veut ouvertement en rupture avec les valeurs marchandes et le dynamisme agressif, ces traits de la société nipponne qui ont, en quelques années, abouti à cette extraordinaire métamorphose de ses paysages urbains, livrés sans retenue à l'accroissement des mégalopoles. En 1992, le spectaculaire pavillon japonais qu'il réalisa pour l'Exposition universelle de Séville, sorte de hiératique cénotaphe de bois dressé comme un temple ancien au-dessus du désordre de cette manifestation, le fit largement connaître auprès du grand public européen.
1. Les débuts d'un grand architecte : entre mythe et réalité
Andō Tadao est né en 1941 à Ōsaka, grand port industriel et ville commerçante du sud-est de l'archipel nippon. Séparé dès sa naissance de ses parents et de son frère jumeau (ce qui aurait contribué à développer en lui certaines interrogations dont ses premières œuvres seront imprégnées), autodidacte, il a pratiqué la boxe professionnelle et voyagé durant quelques années. C'est par hasard, dit-on, en achetant un ouvrage d'occasion consacré à
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