2. La théorie du « Noûs »
Reste à savoir comment a pu s'opérer la dissociation de tous les éléments ainsi confondus – dissociation toute relative puisque, aujourd'hui encore, tout participe à tout, et rien n'est séparé comme à la hache de tout le reste.
C'est ici qu'apparaît un principe nouveau, celui qu'Anaxagore appelle le Noûs, c'est-à-dire l'Esprit, principe spontané de mouvement, de pensée, de connaissance, de vie. Subtil, mais non immatériel, il est transcendant au mélangé, infini, autarcique, et ne se mêle à rien, bien qu'il soit présent à un certain nombre d'êtres : ceux qui sont animés.
C'est lui qui donne la chiquenaude initiale, « cosmopoétique », au Tout plongé de toute éternité dans l'inertie du repos primordial. Aussitôt il s'en sépare, tandis que le mouvement initial gagne de plus en plus et détermine la rotation d'un tourbillon centrifuge qui amène la séparation du sec et de l'humide, du chaud et du froid, de l'éther et de l'air, d'où émanent les nuages, l'eau, etc. Les pierres se forment par condensation. Celles qu'arrache la force du tourbillon s'enflamment et deviennent des aérolithes, comme ce bolide dont la chute, observée à Aigos Potamos vers 468-466, fit sensation. Ainsi se forment les astres incandescents, auxquels Anaxagore refuse une âme, au grand scandale des dévots qui leur attribuent un caractère divin. Non moins scandaleuse paraît sa théorie des éclipses, qu'il explique par l'interposition de corps obscurs, et auxquelles il consacre un traité illustré de figures, remarquable innovation.
Platon fait dire à Socrate, dans le Phédon, les espoirs suscités par la lecture du traité d'Anaxagore, et par le recours à un principe spirituel ; mais il lui reproche d'autant plus vivement d'exclure toute théologie – critique assez proche, par avance, de celle que devait faire Pascal du mécanisme cartésien. On retrouve une critique similaire dans Les Lois. Il lui rend pourtant hommage dans le Philèbe pour le rôle royal qu'Anaxagore attribue, dans le monde, à l'Esprit, dont il fait l'ordonnateur, le gouverneur, le recteur universel.
Par de nombreux traits, Anaxagore se montre comme un de ceux qui annoncent le mieux, parmi les Anciens, ce que devait être l'attitude des savants dans le monde moderne.
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