Brillant intellectuel marxiste, auteur fécond allant du journalisme à la dramaturgie en passant par les traités d'esthétique, Lounatcharski est, du début du régime soviétique et jusqu'en 1929, commissaire du peuple à l'Éducation.
Après des études secondaires à Kiev, il fréquente l'université de Zurich et entre en contact avec le groupe Libération du travail dirigé par Plekhanov. De retour en Russie, il milite au comité de Moscou du P.O.S.D.R. avec Anna Elizarova, sœur de Lénine. Arrêté, exilé, il entre dans un cercle d'intellectuels marxistes. À la fin de sa déportation, il adhère au parti bolchevique sous l'influence de son beau-frère Bogdanov. Il émigre en Suisse, ne rentrant en Russie que pour participer à la révolution de 1905. En Suisse, il collabore aux publications bolcheviques, rompt avec Lénine en 1907, faisant partie de la fraction des « bolcheviks de gauche », partisans du boycott des élections à la troisième douma, et regroupés autour de Bogdanov ; ce sont eux qui animent, en 1909, les écoles du parti à Capri et à Bologne. Lounatcharski est alors à l'origine de la théorie de la « nouvelle religion ». Son livre, Religion et socialisme, qui fait l'effet d'une bombe dans le milieu socialiste russe, tente de définir la place du socialisme par rapport aux systèmes religieux, concept que développe Gorki sous le nom de Bogostroitelstvo (Construction-de-Dieu). Installé à Paris en 1911, internationaliste pendant la guerre, Lounatcharski amorce en 1915 sa réconciliation avec Lénine qui s'accomplit lors de la révolution de Février. En 1917, il est l'un des orateurs bolcheviques les plus populaires. Arrêté à l'issue des journées de juillet, il est nommé, après l'insurrection d'Octobre, commissaire du peuple à l'éducation, démissionne quand il apprend comment s'est déroulée la conquête de Moscou, reprend sa démission à la demande de Lénine. Resté à Petrograd alors que le gouvernement s'installait à Moscou, il est envoyé, pendant la guerre civile, comme agitateur sur tous les fronts. Partisan de la compétition des divers courants dans l'art durant la première phase de la révolution, il est un brillant inspirateur idéologique et reste lui-même un auteur fécond mais un piètre administrateur. Contraint de plier en 1924, au moment où la Troïka prend les rênes du pouvoir au détriment de Trotski, il ne parvient à préserver que le style de la politique culturelle « prolétarienne » mais non son contenu. Il se tient à l'écart des luttes internes dans le parti. Nommé en 1933 ambassadeur en Espagne, il meurt lors d'un voyage en France où il passait pour prendre ses fonctions.
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