2. Une poétique de mouvement
Saint-John Perse a déclaré à propos d'Anabase : « ... c'est le poème le plus chargé de concret ». Le vocabulaire qu'il emploie en est une excellente illustration : termes de botanique, de zoologie, de géologie, de géographie, vocables rares, jamais abstraits choisis en fonction de leurs sonorités, de leurs rythmes, de leurs qualités propres, formant comme une longue litanie, parfois incantatoire, annonciatrice des grands textes (Vents, 1946, Amers, 1957). Toute une rhétorique – une « rhétorique sans langage », dit Paulhan – assez unique dans la langue française, est ici orchestrée de façon savante, sans afféterie toutefois, « gagnée soudain de cet éclat sévère où toute langue perd ses armes ».
Ce qui domine avant tout dans la poétique de Saint-John Perse, c'est le sens du mouvement, du dynamisme dont le monde et l'œuvre sont transis. Nul repos, car le souffle des grands vents balayant les déserts asiatiques et le rythme de la chevauchée du héros créent une longue suite de versets qui se déposent en un rituel magique comme autant de voyages vers la « terre arable du songe ». Entre « Amitié du Prince » (1924) dont ils sont issus et les longs textes plus récents, les poèmes d'Anabase paraissent tout droit sortis de « la gorge d'un dieu » (Éloges IX, 1911). À la suite des Stèles (1912) de Victor Segalen, ils sont aussi marqués par la découverte de l'espace chinois.
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