2. L'Amour d'avant l'Amour
Prenant ce nom en aval du confluent entre la Chilka et l'Argoun, l'Amour au sens strict est précédé de deux branches fluviales. Du côté russe et mongol, la Chilka (1 560 km) est la plus abondante, apportant 520 m3/s par le drainage d'un bassin de 206 000 km2. La Chilka naît de la confluence entre l'Onon, qui prend sa source en Mongolie, et l'Ingoda russe, au bassin parsemé de 1 300 lacs. Le bassin de la Chilka, très peu peuplé, correspond à un hiatus entre la Sibérie orientale, où le front pionnier s'est arrêté sur l'Angara, et la façade pacifique de l'Extrême-Orient. Le bassin de la Chilka compte une densité moyenne de 2 à 3 habitants par kilomètre carré, mais celle-ci peut monter de 10 à 15 le long du cours d'eau. L'activité essentielle reste l'élevage. L'unique agglomération importante se trouve sur l'Ingoda, au contact de la taïga au nord et de la steppe au sud. Il s'agit de Tchita, fondée par les Russes en 1653 et considérée comme la capitale de la Transbaïkalie. Malgré ses fonctions industrielles et tertiaires, la ville souffre de son isolement et traverse une grave crise. Peuplée de 377 000 habitants à la chute de l'U.R.S.S. en 1991, elle a perdu 60 000 habitants en quinze ans. C'est à partir de Tchita que l'Ingoda est navigable vers l'aval, mais la rivière est gelée de début novembre à fin avril.
Du côté chinois et mongol, l'Argoun a un débit moyen annuel de 190 m3/s, très inférieur à celui de la Chilka ; il est formé de la rencontre du Khaïlar, venu du Grand Khingan chinois, et des rivières mongoles de la rive gauche, qui proviennent de la steppe de Dornod, considérée comme le dernier endroit du monde où cet écosystème soit préservé à l'état naturel. Parmi ces cours d'eau, l'un d'entre eux, qui se perd le plus souvent dans des marécages avant d'atteindre l'Argoun, s'écoule parfois jusqu'au confluent. C'est l'émissaire du lac Houloun (ou Dalaï), appelé Keroulen en amont de ce plan d'eau tantôt endoréique, tantôt exoréique. Or il s'agit, quand il coule, de la plus longue branche de l'Amour (1 620 km avant le confluent avec la Chilka). Si on la considère comme la source du fleuve, l'Amour mesure alors 4 444 km.
Après la rencontre de l'Argoun et de la Chilka, le module brut de l'Amour est de 710 m3/s et son module spécifique (débit/km2 de bassin) de 1,9 l/s/km2. Cette valeur basse s'explique par la grande faiblesse des précipitations et la semi-aridité d'une partie du bassin. La station météorologique de Tchita, pourtant l'une des plus arrosées des deux branches de l'Amour, ne recueille que 324 mm de précipitations par an.
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