2. Histoires d'Israël
Entre 1991 et 1993, Amos Gitaï prépare et tourne Le Jardin pétrifié, un film ambitieux qu'il qualifie de « métaphore titanesque et désagréable », variation moderne sur le thème du Golem dans le chaos de la transition entre l'U.R.S.S. et la nouvelle Russie. Et il prend la décision de rentrer en Israël, où il entame une nouvelle carrière. D'une part, il tourne avec des moyens réduits, souvent en vidéo, des essais liés à l'actualité (l'assassinat d'Ithzak Rabin dans L'Arène du meurtre en 1996), ou qui font retour sur des thèmes qu'il avait abordés à ses débuts, comme le cycle de Wadi qui assemble des images tournées en 1981, 1991 et 2001. En 1997, Guerre et paix à Vesoul, qu'il a coréalisé avec le Palestinien Elia Suleiman, est à la fois un regard sarcastique porté sur un festival provincial et une méditation sur l'identité et le vivre ensemble de deux cinéastes, dont l'un est né à Haïfa et l'autre à Nazareth.
Simultanément, avec la « trilogie des villes » (Tel Aviv, Haïfa et Jérusalem), que forment Devarim (1995), Yom Yom (1998) et Kadosh (1999), Amos Gitaï amorce une œuvre qu'on peut qualifier de romanesque, une comédie humaine tendue vers la compréhension sans complaisance de l'identité d'Israël. Il fait équipe, depuis Devarim, avec le chef opérateur suisse Renato Berta. Chaque film est un cube clair installé, avec la rigueur et le sens de l'équilibre que le cinéaste tient peut-être de sa formation d'achitecte, dans la géographie humaine du pays (les ashkénazes dans Devarim, le métissage judéo-arabe dans Yom Yom, les juifs orthodoxes dans Kadosh) ou dans son histoire récente : dans Kippour la guerre de 1973, avec l'implication autobiographique évoquée plus haut, dans Eden (2001) l'utopie sioniste des années 1940, dans Kedma (2002) la guerre de 1948 et l'exil des Palestiniens. Depuis Yom Yom, Gitaï réalise chaque année un de ces films à gros budget, cofinancés par des producteurs et des chaînes de télévision européens, consacrés le plus souvent par une sélection à Venise ou à Cannes qui leur ouvre un large marché. Ainsi d'Alila (2003) ou encore de Terre promise (2004) et de Free Zone (2005). Ces deux derniers films font partie, avec Désengagement (2007), d'une trilogie sur les frontières, dans une zone géographique où leur définition constitue un enjeu capital. Le choix de ce thème confirme l'orientation du cinéaste vers une approche sociologique et combative du réel.
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