Aux yeux de la plupart des gens, les Amérindiens, encore appelés couramment Indiens d'Amérique, sont des peuples d'un autre âge. On pense généralement que l'invasion de leurs terres par les colons d'origine européenne les a laissés au bord de l'anéantissement et qu'ils ne sont plus qu'une poignée de survivants déchus, voués à se fondre tôt ou tard (si ce n'est déjà fait) dans la population qui les a supplantés.
Et si l'on plaint leur sort ou déplore les exactions et violences notoires commises à leur encontre, on tient cependant pour légitime ou nécessaire leur extinction présumée. Ne voyant en eux que des sauvages ou des primitifs, on considère qu'ils n'avaient rien à opposer à la civilisation évoluée de leurs envahisseurs qui, de l'univers farouche qu'ils habitaient, ont fait un monde prospère et puissant, symbole même de la modernité et du progrès. On admet qu'on aurait pu leur rendre plus de justice en tant qu'hommes, mais en tant qu'Indiens ils devaient fatalement disparaître, car n'appartenant qu'à la préhistoire et au folklore d'un continent, qui n'a pour histoire véritable que sa conquête et sa transformation par les « hommes blancs ».
Une chose est vraie dans tout cela : depuis cinq siècles, on n'a épargné aux Indiens aucune raison de mourir. On les a exploités commercialement et politiquement, les jetant notamment les uns contre les autres dans des guerres intestines, allumées pour des motifs mercantiles ou impérialistes. On les a dépouillés de la quasi-totalité de leurs territoires, employant à cette fin les moyens les plus cyniques ou les plus brutaux, bafouant ouvertement la parole donnée et les traités signés, allant jusqu'au génocide. Et la spoliation se poursuit de nos jours où les terres productives restées aux Indiens et leurs ressources sont presque toujours contrôlées par des Blancs, tandis que la plupart des indigènes vivent surtout d'assistance sociale et sont aux plus bas niveaux de la société.
Jamais on n'a reconnu aux Indiens le droit d'exister […]
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