2. Le choc colonial
Les étrangers à la peau claire, au visage velu, qui débarquèrent au xvie siècle, furent reçus sans hostilité ni peur. Les Indiens allèrent vers eux, chargés de présents, les invitant dans leurs villages, dans l'esprit de partage et d'échanges culturels qui existaient entre les tribus. Ils ne les prirent pas pour des dieux, n'ayant jamais divinisé quoi que ce soit, et ne durent juger que de l'infériorité morale et culturelle de ces individus agressifs, inadaptés au milieu, vivant à leurs crochets, fermés à toute communication ; ils n'en laissaient rien paraître, les recevant comme porteurs d'une culture particulière.
Ils furent d'emblée collectivement et globalement classés comme Indiens ou sauvages, et niés, contre toute évidence, comme « non-culture », comme humanité bestiale et dévoyée. Ils eurent affaire à toutes sortes d'hommes civilisés : derniers féodaux, marchands, entrepreneurs, prolétaires, petits paysans, catholiques, protestants, libres penseurs, monarchistes, républicains de toutes tendances, bien-pensants et aventuriers, révoltés, Espagnols, Anglais, Hollandais, Russes..., des hommes d'origines et de fortunes diverses, de convictions différentes, d'intérêts souvent opposés, mais tous identiques dans leur nature de colons, leur incapacité à reconnaître le fait indien. Les Indiens n'existaient pas pour les nations européennes, et les transactions et traités furent conclus à propos de territoires que les Européens s'étaient déjà arrogés par droit de découverte, et répartis entre eux.
• La traite et le désastre démographique
Dès le début du xvie siècle, des relations commerciales s'ouvrent sur les côtes canadiennes à la suite du contact entre pêcheurs de morue et indigènes de la côte. La traite des fourrures devint rapidement indépendante et d'importance supérieure à la pêche, donnant naissance, dès la fin du siècle, à des compagnies qui cherchaient à s'assurer le monopole. La demande s'accrût, le castor s'épuisa sur la côte littorale, la traite se déplaça alors vers l'intérieur. Français et Hollandais installèrent des comptoirs et entrepôts, sur le Saint-Laurent (1608) et l'Hudson (1614) […]
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