1. Motivations et points de tension
La question des langues est de fait le reflet de tensions dans la société. Tout pouvoir politique a, même implicitement, une politique linguistique, ne serait-ce que parce qu'il a à correspondre avec des administrés, ce qui est le plus souvent impossible dans toutes les langues parlées sur le territoire concerné. Cette simple constatation pourrait paraître évidente, si notre vision de l'État-nation ne nous portait à oublier que les États se sont fondés, presque sans exception, par-delà les frontières linguistiques. Le choix d'une ou de plusieurs langues est alors l'objet de rapports de forces, susceptibles de cristalliser en profondeur les antagonismes et de faire à leur tour éclater ces États, et cela d'autant plus que la langue tient à l'identité et à la culture. De grands pays ne sont pas à l'abri de ce genre d'éclatement, comme ce fut le cas, en 1993, pour la Tchécoslovaquie. Certes, dans tous les cas, les revendications vont bien au-delà du linguistique, mais la question des langues demeure un puissant catalyseur de revendication. En Algérie, par exemple, le Mouvement culturel berbère manifeste régulièrement, depuis sa création en 1980, pour la reconnaissance du berbère, revendication qui peut aussi être considérée comme le relais d'une exigence de démocratie. Ces questions sont d'ailleurs rarement réduites à un seul État : dans le cas du berbère, un mouvement similaire se dessine au Maroc pour obtenir la reconnaissance de cette langue. La revendication linguistique peut aussi être l'expression de changements d'équilibres économiques, comme ce fut le cas pour la langue française au Québec dans les années 1960, les francophones ayant alors massivement accédé aux postes de commande économiques, ou pour le flamand en Belgique à partir des années 1950 tout particulièrement. Identité, économie, enjeux de pouvoir, mais aussi nationalisme peuvent entrer dans ces revendications, faisant de la question des langues un cocktail explosif.
Il […]
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