3. Affirmation d'un style (1914-1919)
Arthur Pfannstiel a catalogué trois cent cinquante-deux toiles entre 1914 et 1919 (Ceroni cent quatre-vingt-douze seulement, car il a répertorié cent soixante faux). Ces toiles se rapportent à un seul thème, celui de la figure humaine : portraits de sa femme, de ses amis ou d'inconnus peints au hasard d'une rencontre. Il semble que ces différents portraits se ressemblent tous étrangement. Comme on l'a d'abord constaté dans ses dessins et dans ses sculptures, dont l'influence ne cessera de se faire sentir dans son œuvre peinte, Modigliani recherche en effet une certaine beauté abstraite, synthèse de son idéal formel et de son expérience du modèle. Ainsi la mise en page est-elle presque toujours semblable : les personnages sont en général vus de face, assis, les mains croisées ; toute l'attention est concentrée sur le visage ; les fonds unis, indéfinis, servent de repoussoir, le corps n'étant souvent que trop sommairement esquissé. En effet, ce qui préoccupe Modigliani, c'est l'effet plastique de la ligne, son relief ; le modelé n'est que très légèrement indiqué et la couleur réservée, harmonieuse, sans épaisseur, car elle n'est là que pour « agrémenter » le dessin. Ainsi le profil de Lunia, son long cou se détachent-ils avec la force et la netteté des portraits florentins ; ainsi encore, dans le beau portrait de Jeanne Hébutherne devant la porte (1919), courbes et contre-courbes se marient amoureusement. C'est dans la série des nus, exécutés en 1916 et 1917, que l'on peut admirer toute la puissance expressive de la ligne, toute la chaleur sensuelle qui en émane. Cependant, si Modigliani est sensible avant tout au rythme, à la poésie des lignes, il sait aussi en rompre le contour, l'adapter à la psychologie de chacun. Ainsi fait-il ressortir l'ironie anguleuse de Jean Cocteau (1916), l'assurance triomphante de Paul Guillaume (1916), l'esprit torturé de Soutine (1917). Par le dépouillement, par la stylisation, Modigliani peut atteindre, dans ses meilleures œuvre […]
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