2. La période artisanale
Toutes ces croyances développèrent un artisanat actif dont la production était celle d'objets destinés à la parure, d'objets décoratifs ou d'objets à caractère religieux. Cet artisanat n'a guère su, dans son histoire, produire d'autres objets – la taille de la plupart des morceaux recueillis est relativement petite, limitant techniquement la gamme des objets possibles. Les plus gros spécimens ont été conservés tels quels, à cause de leur rareté : le collier d'or et d'ambre du marin de l'Odyssée, ceux qui ont été trouvés dans les tombeaux mycéniens, ou ceux dont on entoure encore parfois le cou des enfants malades sont formellement similaires ; seule leur fonction et leur signification diffèrent (parure, magie ou pharmacopée).
Parmi les objets de caractère religieux, celui qui eut la plus grande diffusion est le chapelet. Son apparition est liée à l'ordre des chevaliers teutoniques qui ont au Moyen Âge le monopole de l'ambre. Sur leur initiative, une guilde de tourneurs d'ambre est fondée à Bruges pour fabriquer ces chapelets, et toute la chrétienté les achète. L'adhésion de l'ordre au luthérianisme menace ce commerce. Il vend donc son monopole à un marchand de Dantzig qui trouvera des débouchés dans les pays islamiques.
Ce monopole de l'ambre qu'a la Prusse durera jusqu'au xixe siècle, tantôt aux mains de marchands, tantôt le privilège du roi de Prusse. Le caractère religieux de l'usage de la pipe, mis en évidence par les ethnologues, est renforcé en Islam par l'utilisation d'embouts d'ambre, matière de caractère traditionnellement religieux dans ces pays. Mais sa propriété d'isolant thermique n'était sans doute pas ignorée des artisans, et elle prévaut aujourd'hui sur la signification religieuse de cette matière.
Les vertus médicinales attribuées depuis toujours à l'ambre n'ont pas suscité la fabrication d'objets spécifiques, mais c'est par l'intermédiaire d'objets qui ont déjà une ou plusieurs utilisations, particulièrement de parure – colliers ou bagues – qu'elles sont dispensées. Anselme Boèce de Boodt, médecin de Rodolphe II, dans son ouvrage Le Parfait Joaillier, qui fit autorité jusqu'au milieu du xviiie siècle, recommande l'ambre « fort bon pour le cœur, pour les maladies du cerveau, pour la courte haleine, pour le calcul, pour l'hydropisie, pour la chaude-pisse, pour les fleurs de la femme ». Outre l'usage externe de l'ambre, une pharmacopée plus élaborée prescrit potions et poudres d'ambre jaune ou blanc.
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