4. « Mon âme a son secret »
Des questions restent posées, concernant cet homme mal connu. On a beaucoup parlé de ses « amours », mais en restant sur le plan de l'anecdote. Une jeunesse oisive et désordonnée ; bien des liaisons, dont une, à vingt et un ans, à Naples, avec une employée de la Manufacture des tabacs, cette Antoniella que, trente ans plus tard, il déguisera en « corailleuse », et baptisera Graziella (elle lui avait laissé un souvenir teinté de remords) ; un attachement – Mme Julie Charles – brisé par la mort, mais auquel se mêlaient aussi des considérations d'avancement ; une passion, deux ans plus tard (1819), plus sexuelle, semble-t-il, que sentimentale, pour la femme d'un officier qui tenait garnison à Mâcon, l'Italienne Lena de Larche. Lorsque Lamartine se marie à trente ans, il le fait dans des dispositions graves. Il semble bien qu'il n'eut, dès lors, jamais plus de maîtresses. Privé, à quarante-deux ans, de ses deux enfants, et n'ayant auprès de lui qu'une femme rapidement vieillie, et sans beauté, il s'applique à reporter sur la collectivité humaine – comme son Jocelyn – les puissances d'amour qui sont en lui. Ce n'est pas pour rien qu'il fera dire à son « tailleur de pierres de Saint-Point » : les autres, « il me semble qu'ils sont un morceau de ma chair, et que je suis un morceau de la leur ; c'est cela, je crois, qu'on appelle l'amour ». Ces choses-là paraissent littéraires, et sans doute pensera-t-on que se construit ici un Lamartine de fantaisie, comme il est d'usage, par exemple, dans les discours de cimetière. Le cas particulier de Lamartine est que cette image mal croyable est conforme à la vérité. Un individu hors série. Accordons que son « tempérament », jadis vorace, s'était beaucoup amorti dès la fin de son adolescence, mais il semble qu'on puisse affirmer qu'il avait réellement accompli ce miracle de substituer en lui, « à une tentation, une tentation plus grande ». À la place des délices du cœur et de la chair, la volonté ardente, le besoin, o […]
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