3. Un gêneur pour les gens de bien
Que le vrai problème posé en 1830 est d'ordre social, et non pas politique seulement, Lamartine l'a vu, l'un des premiers. Il le dira dès le début de son action : « la question des prolétaires » est la grande question du xixe siècle. Et tout son effort, dans un premier temps, sera de convaincre les gens de sa classe, les possédants : la sagesse, le bon sens, leur salut même réclament, de leur part, une refonte des structures sociales pour arracher à leur condition inhumaine la multitude des travailleurs. La « compression », s'ils ne l'atténuent, aboutira à l'« explosion ».
Le 28 décembre 1841, Lamartine tente une expérience, recourt à un test. Il se présente à la présidence de la Chambre (un président de la Chambre n'est pas un homme du gouvernement) pour dénombrer ceux qui lui font confiance. Sur 309 votants, il ne réunit que 64 voix, contre Sauzet, candidat conservateur également, mais rassurant, partisan de l'immobilisme, et qui n'importune personne en jouant les Cassandre. Ajoutons que le député Lamartine s'est permis, sur les « concentrations économiques », c'est-à-dire ce qu'on appelle aujourd'hui les trusts, dans son discours du 9 mai 1838, des propos malséants.
Alors il renverse son jeu. Les possédants ne veulent pas modifier eux-mêmes leur conduite suicidaire ? Très bien ; on les y contraindra ; et, allant beaucoup plus loin que l'opposition « dynastique » et, pour rire, d'un Odilon Barrot, Lamartine passe à l'extrême gauche et aux idées républicaines. Il est bien déterminé à rester en marge du régime, à refuser tout portefeuille et toute ambassade (Guizot, qui se méprend sur lui, lui offre l'ambassade à Londres, pour l'éloigner) ; il veut être « l'homme de réserve » pour l'heure du drame, inévitable. Il empêchera l'anarchie, qui serait mortelle, et contiendra les « enragés » (il n'a jamais étudié le socialisme et condamne, sans le connaître, le programme de Louis Blanc) ; mais il veut la république, le suffrage universel et des […]
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