Ni un langoureux, un pleurard (Musset), un « femmelin » (Proudhon), en poésie, ni, en politique, un rêveur égaré hors de son domaine et promis aux fatales bévues de l'innocent, c'est un mâle, au contraire. Lamartine, compromis, certes, en littérature, par un vocabulaire désuet, mais un « voyant », dira Rimbaud ; et, dans les affaires civiques, un de ces très grands qui, les pieds sur terre, savent en même temps regarder loin et apprécier avec exactitude la quantité d'idéal que l'on doit pouvoir, à telle date, insérer dans le réel ; un de ceux qui, « politiques » pour de bon, restent « mystiques ». Composé inusuel, haï des médiocres ; on lui cassera les reins, à ce gêneur !
Haute figure, Lamartine. Un méconnu, un homme qui n'aura pas cessé de se poser le problème des problèmes : le sens de la vie, le secret du monde. Il a opté, il a parié, quant à lui, dans le noir, résolu à faire comme si Dieu existait, à travailler comme si l'effort humain servait à quelque chose.
1. Noblesse oblige
Alphonse de Lamartine naît à Mâcon. Il sera l'aîné de six enfants ; pas de frère, rien que des sœurs ; à lui, par conséquent, tous les châteaux et toutes les terres de la famille.
Lorsqu'il a vingt ans (il a fait ses études à Belley, chez les Jésuites déguisés en Pères de la Foi), il souhaiterait entrer dans la diplomatie ou, comme avait fait son père, dans l'armée ; mais l'usurpateur Napoléon est sur le trône, et les Lamartine sont des royalistes intransigeants. Au retour du roi, il est admis dans les gardes du corps, s'abstient, en 1815, de suivre Louis XVIII à Gand, se réfugie en Suisse, puis en Savoie, reprend son service après Waterloo, mais démissionne bientôt et cherche un autre emploi. En 1820, enfin (il va avoir trente ans), il parvient à se glisser dans la carrière, publie ses Méditations et se marie, épousant une Anglaise catholique, Mary-Ann Birch.
Ils auront deux enfants qui mourront l'un et l'autre, le premier (Alphonse) à vingt mois, le second (Julia) à dix ans et demi. Lamartine publie de Nouvelles Mé […]
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