4. Dynamiques de l'alphabétisation des adultes
• Une démarche pluridimensionnelle
À travers l'analyse des expériences et des initiatives nationales en matière d'alphabétisation des adultes, un certain nombre d'acquis peuvent être dégagés. Tout d'abord, la constatation que les savoirs, la culture, les projets de l'adulte analphabète ne peuvent être ignorés dans une démarche d'éducation, a profondément modifié les fondements et la mise en œuvre des stratégies d'alphabétisation. En conséquence, l'alphabétisation a cessé d'être « scolarisante » au sens étroit du terme, pour pouvoir s'articuler à des modes de vie dans lesquels les pratiques de la lecture et de l'écriture ne s'imposent pas toujours.
L'alphabétisation relève aujourd'hui le plus souvent de dispositifs de partenariat, impliquant l'État, pour le financement et le suivi, et des opérateurs indépendants, souvent des O.N.G. Les populations sont elles aussi associées à de tels projets, dans le cadre de processus dits « participatifs », mais où leur marge de manœuvre peut être plus ou moins étroite. Dans les communautés peu lettrées, comme le remarque A. Meister, « c'est l'analphabétisme qui est fonctionnel car il y est à la fois le signe et un des garants d'une certaine cohésion culturelle... » (1973). Dans ces contextes, les programmes se veulent incitatifs en intégrant l'alphabétisation au sein du développement d'activités techniques ou commerciales.
En ce qui concerne les apprentissages, à la simple acquisition de capacités de codage et de décodage s'est substituée une formation qui s'insère dans des activités, soit productives, soit liées à l'organisation de la vie en communauté. Cette pédagogie est difficile à mettre en œuvre, quelle que soit la méthode d'alphabétisation. Elle dépend fortement de la manière dont les formateurs ont été choisis et formés, de l'esprit dans lequel ils assurent leurs interventions, du rôle qu'ils jouent dans la communauté et de la façon dont celle-ci participe à la démarche d'alphabétisation et la fait évoluer. L'articulation entre les compétences acquises et les usages effectifs de l'écrit, qu'ils relèvent des champs prévus dans le cadre du programme (écrits « fonctionnels ») ou non (écrits privés), est essentielle pour assurer la consolidation des acquis.
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