Au cours de la seconde moitié du xviiie siècle, la nécessité de reproduire les images plus commodément que par la gravure, seul procédé connu jusqu'alors, se fit de plus en plus impérieuse. Depuis 1750, de nombreux perfectionnements qui permettaient de colorier les gravures avaient été apportés (aquatinte, pointillé, etc.), mais ils ne remettaient cependant pas en cause le principe de la gravure (impression obtenue grâce à la différence des reliefs). C'est en cherchant un procédé nouveau de gravure sur pierre que l'Allemand Senefelder mit au point peu à peu, entre 1796 et 1798, une technique révolutionnaire qui permettait d'imprimer des images sans les graver et qui allait devenir la lithographie. Un calcaire spécial, enduit d'un corps gras, puis humidifié, retient l'encre aux seuls endroits graissés par le dessinateur.
Senefelder était né à Prague en 1771 d'un père acteur. Lui-même, acteur puis auteur dramatique, cherchait le moyen d'imprimer ses propres écrits à moindre frais. Il inventa d'abord un procédé pour polir les pierres sur lesquelles il comptait graver (comme à l'eau-forte) ses écrits à l'envers, puis une encre spéciale qui lui permettait d'écrire sur du papier, à l'endroit, et de reporter le texte, à l'envers, sur la pierre. Il utilisa d'abord son invention pour imprimer la musique, difficile à reproduire typographiquement. Son invention eut suffisamment de succès pour inciter un homme d'affaires, André, à tenter d'implanter en Allemagne, à Londres et à Paris des imprimeries « chimiques », comme on disait alors, ou « polyautographiques ». La première pièce de musique lithographiée en France parut en 1803, mais il fallut attendre dix ans pour que l'on comprenne toute l'importance de la découverte, première expérience d'impression rapide qui allait permettre, en 1830, d'illustrer les quotidiens, puis, en 1860, des affiches. Le succès de la lithographie, utilisée d'abord par l'art romantique, ne s'est pas démenti. Cette technique fut, en outre, le point de départ d'autres inventions, en particulier celle de la photographie par Niepce en 1827 et celle de l'offset (que les Anglo-Saxons appellent d'ailleurs lithography). Senefelder a raconté sa découverte dans un traité paru à Vienne et à Munich en 1818, puis aussitôt après à Londres et à Paris (1819).
Michel MELOT
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