Né de famille noble, page du futur Philippe II, Ercilla voyage beaucoup, de l'Italie aux Flandres et à l'Angleterre, puis part, en 1555, pour le Chili où les Indiens Araucans révoltés viennent de tuer le conquérant Valdivia. Entre 1557 et 1558, il s'y montre vaillant soldat et explorateur audacieux. De retour en Espagne dès 1563, il va connaître une gloire littéraire durable grâce à son épopée La Araucana (1re part. 1568, 2e part. 1578, 3e part. 1587). Il affirme avoir commencé son poème au Chili ; il représente le type du noble espagnol qui manie « tantôt la plume, tantôt la lance ». Il s'inspire de Virgile, de Lucain, de l'Arioste dans une épopée qui n'exalte pas le merveilleux, qui ne compte guère de personnages féminins et qui, pour son rapport à la vérité, se laisse comparer au Mío Cid du xiie siècle. Le véritable héros de La Araucana est la nation araucane. Ercilla et l'Espagne sont fascinés par ce peuple libre, sans organisation, peu structuré, sans moyens, qui leur résiste alors que le pouvoir inca n'avait pas survécu à la capture de son empereur. La Araucana approuve leur résistance, exalte leur vie restée proche de la nature, chante les paysages du Nouveau Monde. Grand narrateur, Ercilla sait donner vie aux actions et aux personnages, mais le lecteur moderne y trouve des longueurs : ce poème n'est pas fait pour lui.
Marie-Cécile BÉNASSY
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