En 1802, dans De l'Allemagne, un livre appelé à faire date, Mme de Staël pose la question : « Pourquoi les Français ne rendent-ils pas justice à la littérature allemande ? » Et, à travers une série d'oppositions destinées à perdurer entre le Nord et le Midi, le classicisme et le romantisme, elle en vient à parler d'une « région de l'âme ». De fait, l'Allemagne est alors un pays morcelé, sans véritable unité politique. Son unité, telle que la matérialiseront les écrivains du Sturm und Drang et par la suite ceux du romantisme, sera donc d'ordre spirituel. Dans une telle configuration, non seulement la Suisse allemande et l'Empire austro-hongrois viennent trouver place, mais Mme de Staël va jusqu'à avancer que « Jean-Jacques Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, etc., dans quelques-uns de leurs ouvrages sont tous, même à leur insu, de l'école germanique ».
Sentiment du paysage, goût de la rêverie et d'un grotesque noir, proximité avec la métaphysique, recherche du sublime, curiosité pour le mythique et le fabuleux : autant de traits qui, en ouvrant directement sur le romantisme, n'ont cessé, parfois au risque du stéréotype, de marquer notre perception de l'esprit allemand, jusque dans sa dimension violente de protestation et de renversement d'un ordre établi, telle qu'elle peut trouver à s'incarner dans la figure canonique d'un Luther traduisant la Bible en allemand et brisant l'alliance thomiste entre foi et raison, ou, d'une autre manière, dans celle d'un Hölderlin annonçant la fin des dieux et le temps du « retournement natal ».
Ce désir de rupture et cette quête de l'absolu qui sous-entendent que, la parole étant ce que l'homme possède de plus essentiel, elle ne doit pas se contenter de se faire littérature mais devenir politique en atteignant la communauté tout entière, ne doit pas masquer une dimension plus sociale, plus distancée aussi, présente dès Grimmelshausen à travers l'évocation de la guerre de Trente Ans, plus tard chez Fontane, Heinrich Mann ou Alfre […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



