L'allemand est l'une des grandes langues de culture de l'Occident, malgré des revers récents qui lui ont fait perdre beaucoup de terrain à l'est de l'Oder, et sans doute aussi beaucoup de prestige. Cent millions d'hommes ont l'allemand pour langue officielle dans le monde ; pour de nombreuses minorités, d'autre part, c'est une patrie spirituelle. La parenté de l'allemand avec le néerlandais et, à un degré moindre, avec l'anglais et les langues scandinaves est évidente ; les germanophones sont souvent fiers de leur appartenance au groupe germanique. Mais l'allemand, beaucoup plus que le français, par exemple, est d'abord une langue officielle et écrite ; les dialectes sont restés très vivaces et constituent la véritable langue maternelle de beaucoup de personnes. Il faut donc toujours tenir compte d'une double réalité linguistique.
1. Préhistoire de l'allemand
• Indo-européen et germanique
Des hommes établis vers 1200 avant J.-C. à la base du Jutland semblent être les ancêtres des Germains. Deux peuples, au moins, s'étaient mêlés : les occupants antérieurs, de qui nous ne savons rien, sinon qu'ils étaient agriculteurs, et des conquérants venus, peut-être, du sud-est de l'Europe. Ces derniers avaient imposé leur langue, issue de l'aire dialectale indo-européenne, c'est-à-dire ressemblant par un certain nombre de traits au latin, au celtique, au sanscrit, etc. : c'est le germanique, mais, faute de textes, on doit le reconstituer par comparaison. C'était en fait une aire dialectale, qui a duré au moins un millénaire : on se réfère le plus souvent à son dernier stade avant la dislocation, appelée « germanique commun ».
De l'indo-européen, le germanique a conservé l'alternance vocalique dans les racines ; mais il l'a systématisée et en a fait la base de la conjugaison dite forte (nimmt, nahm, genommen). À côté, il a créé une conjugaison « faible », caractérisée par un suffixe à dentale au prétérit (leg-te). La déclinaison a subsisté, elle aussi, mais un type jusque-là peu productif a reçu une grande extensi […]
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